Témoignages sur le premier grand génocide planifié en temps de paix

Puisqu'en France le sujet est tabou, donnons ici les témoignages importants de personnalités incontestables sur le premier grand génocide décidé et planifié en temps de paix du XXième siècle : la liquidation de million de paysans en Ukraine en 32-33.  Pour qu'on ne puisse pas dire : on ne savait pas !

Extraits de la lettre adressée par P. Blonski au camarade Kantorovitch, Commissaire du peuple à la Santé de la RSS d’Ukraine

« En tant que médecin, je connais bien la situation dans le district de Zvenigorod et les districts avoisinants. Quant à celle qui règne ailleurs, j’en entends longuement parler par des témoins. En bref, la situation actuelle est proprement épouvantable. La pauvreté est incroyable, la famine généralisée, la mortalité massive. Près de 30 % de la population est amaigrie ou gonflée. La natalité est réduite à néant. Le cannibalisme, la nécrophagie sont devenus des phénomènes courants. On ne voit plus dans les villages de chiens ou de chats - tous ont été mangés. La criminalité a pris des proportions incroyables. La faim conduit les gens à commettre des crimes inimaginables il y a encore peu de temps. Je ne parle évidemment pas du fameux « vol des épis ». Tous (et pas seulement les paysans) sont devenus des voleurs par nécessité, ou plus exactement à cause de la faim. La mendicité est générale. Un nombre incroyable de gens sont devenus des « spéculateurs » ou des « gens vivant de l’air ». Les arrestations sont légion. On manque de prisons. À Zvenigorodka, on vient d’ouvrir ces jours-ci la vieille prison, qui ne fonctionnait plus depuis huit ans. Les tribunaux condamnent à la pelle. Un grand nombre de gens arrêtés meurent de mauvais traitements au poste de police. Au cours de la seule année 1932, plus de 10 000 personnes du district ont fui vers diverses régions de l’URSS. Il y a énormément de maisons et d’exploitations vides ; dans les rues errent des gens amaigris ou gonflés. En un mot, la situation est pire qu’après une invasion ennemie, un siège, une catastrophe naturelle.

On a fait quelque chose pour lutter contre la famine l’an dernier, mais ce que l’on faisait, c’était uniquement par « voie non officielle ». On ne pouvait pas parler de la famine, c’était « inconvenant ». À cause de cette « inconvenance », fort peu a été fait. Cette année aussi (au moins jusqu’au début du mois de mars), parler de famine était pratiquement « contre-révolutionnaire ».

Les organisations locales (de district et de région) ne peuvent s’en sortir, dans la lutte contre la famine, sans un soutien massif du Centre. L’insuffisance notoire de l’aide alimentaire, le retard avec lequel elle parvient ici constituent autant d’obstacles à une intervention efficace. En attendant, le silo de Zvenigorodka regorge de céréales, les moulins marchent à plein régime. L’usine de beurre continue de tourner. De même que la raffinerie de sucre à 5 km.

Les responsables locaux ont une « théorie » politique néfaste, selon laquelle les affamés sont eux-mêmes responsables de la famine. Ils ne voulaient pas travailler - bon, qu’ils crèvent, on ne les regrettera pas. Avec une « théorie » pareille, il n’est pas étonnant que la « lutte contre la famine » donne des résultats aussi faibles. Cette « théorie » est d’autant plus étonnante dans la bouche de responsables soviétiques qu’elle ne fait que reprendre ce que l’on disait de tout temps, à savoir que celui qui est pauvre ou celui qui a faim est le premier responsable de la situation dans laquelle il se trouve. Or, on sait bien qu’un grand nombre de kolkhoziens ayant accompli de nombreuses journées-travail sont touchés eux aussi. Cette année, des kolkhoziens de kolkhozes ayant bien rempli leur plan sont affamés. Comment expliquer que tous ces « fainéants » sont prêts à partir travailler n’importe où, dans des usines, sur des chantiers, des sovkhozes, des mines, à aller jusqu’à Sakhaline, Batoum, Leningrad ? N’est-ce pas étrange que nos « théoriciens » ne se sont pas posé la question de savoir pourquoi ces gens qui travaillaient si bien la terre ont cessé de la travailler, ne veulent plus la travailler ? Qu’est ce qui a tué en eux le désir de travailler ? Qu’est ce qui les détourne du travail ?

Il y a une attitude impitoyable d’exploitation pure envers les affamés. On les considère non pas comme des gens dans le malheur, mais comme une force de travail qu’il s’agit d’exploiter. On ne lutte pas contre ce fléau qu’est la famine, on ne fait d’effort que pour remettre en état de marche une force de travail. Naturellement, de ce point de vue, un cheval vaut bien plus qu’un homme. Pour la perte d’un cheval on punit, pour la mort d’un nombre incroyable d’êtres humains, c’est la plus totale impunité.
P. Blonski
Source : TsA FSB, 2/11/56/203-205

Le témoignage de Vassili Grosmann

"Je ne veux pas m'en souvenir. C'est trop terrible. Mais je ne peux pas oublier.  Cela chemine en moi et même lorsque la blessure s'apaise elle est toujours là. Une pièce d'acier dans mon coeur, comme un morceau de shrapnell. Une blessure dont on ne guérit pas.

J'étais adulte quand c'est arrivé.  Non il n'y a pas eu de famine pendant la campagne de liquidation des koulaks. Seuls les chevaux moururent. La famine vînt en 1932, la seconde année de l'opération.  Ainsi au début de l'année 1930, nous entreprîmes de liquider les familles de koulaks. Le sommet de cette action vint en février et mars. On les a expulsé de leur maison et de leur région, si bien que quand le moment vint de semer, il n'y aurait  plus aucun koulak pour gêner. Une nouvelle vie pourrait commencer. Tout le monde le répétait : ce serait le grand printemps des fermes collectives.

Il est vrai que notre nouvelle vie commença sans les koulaks. Les paysans furent forcés de s'enrôler dans les fermes collectives. Des réunions se tenaient du matin au soir. Les cris et les injures fusaient. Certains criaient : nous ne viendrons pas. Et, fous que nous étions, nous pensions qu'ils ne pouvaient pas avoir plus tort, car rien n'était pire que l'état de Koulak. Comme nous nous trompions. La hache s'abattit sur eux, petits ou grands, là où il se trouvait.

Le temps de l'exécution par la famine était arrivé.

A cette époque je ne lavais plus les parquets mais était employé comme comptable. En temps qu'activiste du parti je fus envoyé en Ukraine pour renforcer une exploitation agricole collective. On nous expliqua que l'instinct de propriétaire en Ukraine était bien plus fort qu'en Russie. Et que la collectivisation marchait vraiment moins bien là bas.

Moscou avait décrété des quotas de livraison par régions et celles-ci les avaient à leur tour répartis par districts. Les réquisitions demandées au village où j'étais assigné n'auraient pas pu être satisfaites en dix ans ! Au conseil municipal même ceux qui ne buvaient pas se saoulèrent par terreur. Evidemment ces demandes ne pouvaient pas être satisfaites. Du fait de la dékoulakisation, on avait emblavé moins de parcelles et la productivité de ces parcelles avait baissé. Dans ces conditions d'où pourrait bien venir le flot de blé dont on avait promis que les fermes collectives seraient la source ?   

On conclut en haut lieu que si les promesses n'étaient pas tenues c'étaient la faute des Koulaks qui cachaient le blé. Les Koulaks avaient été liquidés mais pas l'esprit Koulak. Ces ukrainiens étaient décidemment des propriétaires dans l'âme.

Qui a signé le décret qui allait imposé le crime de masse ? Car le décret était bien clair : les paysans de l'Ukraine, du Don et du Kouban devait mourir de faim. Y compris leurs enfants. Les ordres étaient de confisquer toutes les semences. Les caves furent retournées, les plafonds fouillés avec minutie. Les grains n'auraient pas été cherchés avec plus d'attention s'il s'était agi de bombes ou de mitrailleuses. La terre fut partout retournée, les jardins potagers entièrement fouillés.  De temps à autre on trouvait du grain qui était alors entassé sans soin, entourés d'un cordon de soldats. L'hiver venu la récolte était détrempée et fermentait. Le gouvernement n'avait aucune bâche pour protéger les grains.

Les pères et les mères voulait sauvegarder de quoi éviter que leur famille ne meure. On leur répondait : "vous haïssez la patrie du socialisme. Vous voulez faire échouer le plan quinquennal. Vous êtes des parasites, des pro koulaks, des rats". Tout fut confisqué. La terreur du lendemain s'installa.

Les mères regardèrent leurs enfants et hurlèrent de peur. Elles criaient comme si un serpent s'était faufilé dans leur maison. Ce serpent s'appelait : la famine qui annonce la mort.  Pas un seul grain ne leur fut donné par le "gouvernement des ouvriers et paysans". On bloqua les routes avec des pelotons de miliciens, ou d'agents de la NKVD. L'armée vin en renfort. Les gares de chemins de fer furent gardées.  Pas un carrefour ne fut laissé libre.  Pas de pain pour vous, messieurs les affameurs !

Les enfants de paysans dans les villages ne reçurent pas un grain. C'est comme cela, exactement comme cela, que les nazis ont enfourné les enfants juifs dans les chambres à gaz : "Vous n'avez pas le droit de vivre, tas de juifs".

Et il fut impossible d'obtenir la moindre compréhension, la moindre compassion. Car ces enfants après tout étaient des enfants soviétiques et ceux qui les affamaient à mort étaient leurs frères soviétiques.

Les villages furent fauchés une à un : d'abord les enfants, puis les vieux, puis la population dans la force de l'âge. Au début on enterra les morts. Bientôt on ne le put plus. Les morts gisaient là où ils étaient tombés, dans les cours de ferme ou dans la ferme elle même. Le silence s'installa. Le village était mort.

Qui est mort en dernier ? Je ne le sais pas. Nous, les administratifs, avions été renvoyés en ville.

Alors qu'ils leur restait un peu de force, les survivants allaient le long des voies de chemins de fer. Ils élevaient leurs enfants mourants vers les fenêtres et criaient : du pain, du pain. parfois on leur jetait quelques quignons. Ils se précipitaient alors sur les miettes, au milieu des tourbillons de poussière levés par le passage du train dont le grondement s'effaçait dans le lointain.

Bientôt ordres furent donnés de fermer les fenêtres et de tirer les rideaux. Il fut interdit de regarder dehors par les fenêtres.

On renforça les gardes mais partout les paysans fuyaient vers les villes. Ils rampaient partout, dans les marais, les bois, les espaces inhabités pour contournés les points de contrôle.  Partout ils rampaient vers Kiev.

Quand le village demeura silencieux. On envoya la troupe faire les semailles. Elle était cantonnée dans des tentes à l'extérieur avec interdiction d'entrer dans le village.  On allégua les risques d'épidémie. La troupe ne cessa de se plaindre de l'odeur pestilentielle qui venait du village.  La troupe fit aussi les moissons.

L'année suivante des kolkhoziens d'Orel, en Russie, furent envoyés au village, contents de se retrouver dans ces terres de tchernoziom si riches, si fertiles, eux qui étaient habitués à leurs terres ingrates."


Vasily Grossman, Forever Flowing, New York : Harper & Row, 1972

Le témoignage de Lev Kopelev

"En décembre 1932 le district de Myrhorod n'avait pas atteint ses objectifs de fourniture de grains. Le comité de l'oblast avait fait venir une délégation de journalistes, représentants  deux journaux : "Le registre socialiste de Kharkov" et  "le travailleur de locomotive", dans les villages en retard de livraison.  Nous étions quatre : deux types de Myrfhorod, un typographe et un imprimeur, et deux de Kharkov, Volodya, mon assistant, et moi.

La mesure la plus extrême dans les lieux de résistance les plus durs était "la confiscation sans discussion". Des kolkhoziens et des membres de la municipalité, dirigés par Vaschenko lui même, fouillaient les masures, les granges et les cours  et emportaient tout : les réserves de graines, la vache, le cheval,  les cochons. Nous fûmes présents, Volodya et moi,  lors de plusieurs de ces  raids dévastateurs. Nous y primes même part : nous avions la pmission de confiance de tenir l'inventaire des produits saisis. Les femmes hurlaient à la mort de façon hystérique en s'agrippant aux sacs. J'entendais les enfants dont les cris faisaient écho à ceux de leurs mères et qui toussaient et  s'étranglaient de sanglots. Et je contemplais le visage des hommes : effrayés, implorants, haineux, dont une partie, saisie de désespoir, sombrait dans une dépression passive  et une autre explosait de jurons avec férocité.    

Je me convainquais moi même de ne pas sombrer dans des sentiments de compassion débilitants.  Nous accouchions d'une nécessité historique. Nous faisions notre devoir révolutionnaire. Nous obtenions les grains nécessaires au succès du plan quinquennal et de la patrie socialiste. Une sorte de rationalisation fanatique me permettait de surmonter mes doutes, les élans de ma conscience ou mes simples sentiments de sympathie, de pitié et de honte. Ce fanatisme n'était pas seulement nourri des écrits des journaux ou des textes de la littérature. Bien plus forte était l'influence de ces personnes qui à mes yeux personnalisaient la justice et la vérité. Tous ces gens nous disaient qu'il fallait serrer les dents, fermer notre coeur,  et obéir coute que coûte aux ordres du Parti et de la direction soviétique.

Je n'ai jamais pu oublier l'hiver des dernières réquisitions, les semaines de la grande famine. J'en ai toujours parlé. Mais je n'ai pu écrire sur le sujets que bien des années plus tard.  Et au fur et à mesure que j'écrivais mes brouillons et les soumettaient à mes amis, mille questions se soulevaient. Des questions pour l'histoire, pour le jour présent, ou simplement pour moi.  

Comment tout cela avait-il été possible ? Qui était responsable de la famine qui avait fait tant de millions de victimes ? Par quelle diablerie avais-je pu participer à tout cela ?

Le 27 décembre 1932 le Comité Central  instituait les passeports intérieurs. Ils étaient destinés aux citadins afin d'aider "au comptage de la population, d'éliminer les populations réfugiées en ville abusivement et de se saisir des éléments koulaks criminels". En fait ces passeports intérieurs créait les conditions administratives et juridiques pour établir un nouveau servage et jeter les fondations d'un totalitarisme d'état comme on n'en avait jamais vu.

Les "éléments" Koulaks s'avérèrent n'être que des paysans ayant quitté leur village sans autorisation explicite de la part des autorités locales. Le passeport intérieur revenait à la législation abolie en 1861 qui liait le serfs à la terre.

Je tombais malade en février 1933. Mon père arriva après une tournée d'inspection à travers les provinces pour préparer la campagne de récolte des betteraves à sucre. Il s'assit, les traits crispés, le visage sombre, les yeux étincelants, comme s'il avait une crise de malaria. Mais il n'était pas émacié. On ne devient pas maigre quand on travaille pour les raffineries de sucre. Père était en colère et me le montra aussitôt : "tout est fait exprès ! Vous comprenez ? Plus aucun grain dans les villages.  Je ne parle pas des coopératives centrales des travailleurs des villes. Les paysans sont en train de mourir de faim. Je ne parle pas des handicapés, des vagabonds  ou des chômeurs américains. Mais des paysans Ukrainiens qui meurent faute de grain. Et mon cher fils a aidé à l'emporter ! ""

Lev Kopelev, The Education of a True Believer. New York : Harper & Row, 1980. (Chapter IX "The Last Grain Collections")

Le témoignage d'Arthur Koestler.

"Voyager dans la campagne était une tragique aventure ; on voyait les paysans mendier le long des gares, les mains et les pieds enflés. ; les femmes élevaient jusqu'aux fenêtres des wagons d'affreux bébés à la tête énorme au ventre gonflé aux membres décharnés. Le spectacle des gares qui se renouvela tout au long du voyage me donna une impression de désastre mais aucune idée de son étendue.  

Mes compagnons de voyage russes prirent la peine de m'expliquer que ces bandes lamentables étaient des koulaks,  riches paysans qui avaient résisté à la collectivisation du pays et qu'il avait fallu nécessairement expulser de leur ferme.  Quand je repense aujourd'hui à ces choses je suis frappé du fait qu'alors nous savions très bien à quoi nous en tenir. Nous connaissions la détresse du pays. Nous pensions que le socialisme triompherait et que cette détresse n'était que passagère. Nous avions ce qui se passait au pays de la révolution mais nous défendions quand même le pays de la révolution.  

Mon idée de la Russie avait été formée toute entière par la propagande soviétique. C'était l'image d'une super Amérique engagée dans l'entreprise la plus gigantesque de l'histoire, bourdonnante d'activité, d'efficacité, d'enthousiasme. La devise du premier plan quinquennal avait été de rattraper et de dépasser l'Occident. Cette tâche avait accomplie en quatre ans au lieu de cinq.  Tous les matins quand je lisais le Kommunist de Kharkov j'y trouvais les statistiques des plans réalisés et dépassés, le compte rendu des compétitions entre les brigades de choc, les nominations à l'ordre du drapeau rouge, les nouveaux travaux géants dans l'Oural, les photographies représentant soit des jeunes gens qui riaient toujours et qui portaient toujours un drapeau soit de pittoresques vieillards qui souriaient toujours et apprenaient toujours l'alphabet.

Pas un mot de la famine locale, des épidémies, de l'extinction de villages entiers. Cela donnait un sentiment d'irréalité,  une impression de rêve ; le journal semblait parler d'un tout autre pays, sans aucun rapport avec la vie quotidienne et c'était aussi vrai de la radio. La conséquence c'est que la majorité des gens à Moscou n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait à Kharkov".  "La nécessité du mensonge et de la calomnie ; de l'intimidation des masses pour les sauver de leur propre myopie ; de la liquidation des groupes d'opposition des classes hostiles ; du sacrifice  d'une génération entière au bénéfice de la suivante, tout cela peut paraître monstrueux et pourtant je l'acceptais sans difficulté suivant la voie toute tracée de la foi".     

Arthur Koestler - Hiéroglyphes.


"Chez la plupart des intellectuels communistes il y a une scission de la conscience" notera Margarete Buber-Neumann.

 
Le drame c'est que cette scission de la conscience perdure en France en 2010, 80 ans plus tard et concerne l'ensemble des intellectuels français ou presque.


Les faits sont toujours occultés, niés, minimisés. Le génocide ukrainien est expulsé du domaine de la réflexion publique et des médias. On voit pourquoi en lisant ces témoignages  :

 
- Il ne s'agit pas de communisme ni de stalinisme: on a fait mourir des millions d'hommes, de femmes et d'enfants au nom du socialisme en train de se réaliser. On admet que le socialisme détient un droit de tuer incorporé dans la doctrine. les victimes ne peuvent être innocentes. Ce sont des ennemis du socialisme. Les classes hostiles peuvent être détruites par le massacre, même dans les formes les plus abjectes.

- la sensiblerie petite bourgeoise est telle qu'il est légitime de mentir, tromper, combattre la vérité, pour éviter l'effet sur les masses impressionnables.

On n'en toujours là : " Cachez ce génocide que nous ne saurions voir".  Et qui donnerait des arguments contre nous qui sommes le Bien. 

"Nous les socialistes nous sommes les bons ; nous sommes gentils.  Mais nous savons bien que si on devait traiter ce génocide exécuté en temps de paix selon une planification rigoureuse et mené jusqu'à son terme sans aucune pitié comme on traite politiquement et médiatiquement la Shoah, alors nous serions, nous et nos doctrines, ravalés au statut de déchet de l'humanité comme de vulgaires hitlériens racistes et antisémites, alors qu'on tient tous les carrefours des medias, de la culture et de l'université".

Impensable !

Alors la France, "pays des droits de l'homme", n'a pas reconnu le génocide ukrainien. 

Alors les médias français n'en parle absolument jamais.

Alors les programmes scolaires sont aux mieux vierges de toute information sérieuse ou pratique une désinformation criminelle. Pourquoi se gêner ?

Les politiques et les intellectuels français ont accepté de se coiffer collectivement d'une chape de plomb sans même avoir la justification de la terreur stalinienne ou de l'illusion que le socialisme est un espoir sérieux pour l'humanité depuis la chute généralisée des systèmes "vraiment" socialistes.  L'auto censure y est aussi totale que spontanée : la crainte de se faire traiter de fascistes et d'être exclu du camp des bons est trop forte.  Alors le devoir de mémoire n'existe plus. Alors le besoin de justice inaliénable et perpétuel  des victimes n'existe plus non plus.

Par pitié ne parlez pas de la loi des cinq  épis du 7 août 32 qui a permis de confisquer par la violence  la nourriture de millions de paysans, les condamnant à une mort abjecte et inévitable, une des dates les plus horribles de toute l'histoire de l'humanité. Une de celles qui devraient gravées dans la conscience de l'humanité, comme témoignage de ce qui ne doit jamais plus arriver.

Par pitié ne parlez pas de la résolution du 14 décembre 32  du CCUS qui appelait "à l'extermination des saboteurs de la collecte".   L'extermination ! On ne cachait pas l'objectif. Ici, ce n'est pas comme pour la Shoah où on cherche désespéremment les ordres écrits de la Solution finale, et où on doit déduire la volonté d'exterminer des résultats de la politique menée par les Nazis.  Pour le génocide ukrainiens on a tout : les ordres et les résultats.

Par pitié ne parlez pas  de la loi sur le passeport intérieur  du 27 décembre 1932 et de la circulaire de Staline et Molotov du 22 janvier 33 qui ont bloqué les victimes sacrifiés dans leur village jusqu'à ce que mort de faim s'en suive.

12000 villages exterminés en Ukraine, entourés par 120.000 militaires de la Milice et 40.000 activistes communistes mobilisés à cette fin. Entre 3.5 et 4.5 millions de morts directes en deux ans. Et le remplacement des morts dès 1934 par des millions de Russes afin de noyer le nationalisme petit bourgeois des Ukrainiens et relever l'armée pour les semailles et les récoltes !

Il n'y a pas le moindre doute sur le caractère intentionnel du génocide : on a les textes, les ordres, l'organisation, les résultats. Et tous les témoignages.   Un vrai  génocide modèle qui sera répliqué en Corée, au Cambodge, en Chine, en Erythrée. Avec à nouveau des millions et des millions de morts.  Le concepteur de la notion de génocide, Raphael Lemkin, ne s'y est pas trompé : il a lui même spécifiquement écrit qu'il s'agissait d'un génocide manifeste.

Mais non. Il n'y a pas de génocide.  Circulez, il n'y a rien à voir.

Il ne faut surtout pas contempler et condamner la sinistre matrice, surtout pas en parler, surtout pas en tirer la leçon.

En France ! Au pays qui se flatte que Voltaire ait soutenu Calas injustement condamné.  Un innocent et voilà nos intellectuels engagés. Des millions de morts avec le label "assassinés pour l'établissement sur terre du socialisme". Et voilà nos intellectuels désengagés, accroupis dans la fange du silence, de l'autocensure et de la falsification.  

Holodomor tend un miroir à la France de 2010.  Le spectacle n'est pas ragoutant.

Aragon : l'hymne à la Guépéou. A lire d'urgence dans les écoles.

Au moment où Marianne publie un numéro sur les gloires du Parti Communistes français et d'inévitables poèmes d'Aragon sur la Résistance, il n'est pas mauvais de publier le poème d'Aragon à la gloire de la Gépéou.

De 1929 à 1939, ce sera le grand moment de l'OGPEOU, transformée un peu avant la guerre en NKVD avant de devenir le KGB.


De 1929 à 1934 cette aimable organisation va s'occuper des paysans, ces koulaks inutiles dans le monde nouveau du socialisme réalisé : 10.000.000 de morts.  C'était le prix à payer pour la destruction d'une classe sociale devenue embarassante.

De 1934 à 1939, ce sera la grande terreur avec près d'un million de personnes tuées dans les seuls centres de la Guépéou.

Puis la mise aux pas des nations, avec des millions de déportations au Goulag dans des conditions abjectes.

La Guépeou, c'est la SS nazie  mais avec 75 ans d'exactions continues derrière elle.



Le poème d'Aragon à la gloire du Guépéou

"Prélude au temps des cerises "

Il s'agit de préparer le procès monstre
d'un monde monstrueux
Aiguisez demain sur la pierre
Préparez les conseils d'ouvriers et soldats
Constituez le tribunal révolutionnaire
J'appelle la Terreur du fond de mes poumons
Je chante le Guépéou  qui se forme
en France à l'heure qu'il est
Je chante le Guépéou nécessaire de France

Je chante les Guépéous de nulle part et de partout
Je demande un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
Demandez un Guépéou pour préparer la fin d'un monde
pour défendre ceux qui sont trahis
pour défendre ceux qui sont toujours trahis
Demandez un Guépéou vous qu'on plie et vous qu'on tue
Demandez un Guépéou
Il vous faut un Guépéou

Vive le Guépéou véritable image de la grandeur matérialiste
Vive le Guépéou contre Dieu Chiappe et la Marseillaise
Vive le Guépéou contre le pape et les poux
Vive le Guépéou contre la résignation des banques
Vive le Guépéou contre les manoeuvres de l'Est
Vive le Guépéou contre la famille
Vive le Guépéou contre les lois scélérates
Vive le Guépéou contre le socialisme des assassins du type
Caballero Boncour Mac Donald Zoergibe
Vive le Guépéou contre tous les ennemis du prolétariat."

Editions Denoël
1931


On se demande pourquoi M. Sarkozy ne demande pas que cette belle lettre humaniste soit lue le même jour et à la même heure dans toutes les écoles de France.


M. Aragon est un poète comblé : il a appelé la terreur de tous ses voeux et il a été exaucé. La terreur a massacré des dizaines de millions de pauvres gens innocents au nom du socialisme réalisé par les communistes.

Et il est honoré. Indéfiniment honoré. Nécessairement honoré.

Le Panthéon l'attend. Ce n'est plus qu'une question de temps. Un chantre du génocide, cela nous manque trop ! Sollers et sa France Moisie, à régénérer par des flots de sang révolutionnaire, cela fait médiocre.


Quelle abjection !

Holodomor l'introduction de la seconde édition augmentée du livre de Didier Dufau

Nous donnons ici l'introduction  du livre de Didier Dufau, publié début 2009,  consacré à la reconnaisance d'Holodomor comme génocide, dans la perspective du centième anniversaire de la mort de Raphael Lemkin à qui le livre est dédié. 

 

Holodomor


La France doit reconnaître le génocide Ukrainien


Didier Dufau


introduction

Le 28 août 2009 a été fêté le 100ième anniversaire de la naissance de  Raphaël Lemkin, l’homme qui a été depuis les années trente une des chevilles ouvrières de la lutte pour la reconnaissance des génocides, forme ultime du crime contre l’humanité.  A cette occasion a été publié un texte de lui exhumé des archives qui décrivait méthodiquement en quoi Holodomor, l’extermination programmée de millions d’Ukrainiens, affamés volontairement et morts dans des conditions atroces,  était un génocide caractérisé.  Par l’écrit du créateur du concept même de génocide  était dénoncé le premier grand génocide socialiste, génocide qui allait être suivi de nombreux autres pratiquement sur les mêmes schémas idéologiques et politiques.

Simultanément la République d’Ukraine remettait sur le terrain diplomatique une revendication  portée dès l’indépendance acquise du pays après l’effondrement de l’URSS par divers mouvements mémoriels locaux,  et qui a pris un essor officiel avec l’élection d’un président totalement indépendant de la Russie.  L’Ukraine réclame officiellement la reconnaissance  du génocide  de 1932-33 commis par l'URSS contre sa population et sa nation.

De nombreux pays ont fait droit à cette réclamation. Il faut dire que tous les éléments de définition du génocide sont réunis.  Le texte sur le sujet de R. Lemkin règle la question sans ambiguïté.  Il y a bien eu la volonté de détruire une structure nationale, organisation de cette destruction, passage à l’acte et le terrible bilan : entre 6 et 7 millions de morts affamés, assassinés ou déportés dans des conditions inhumaines dans des contrées non préparées à accueillir un tel flot  et dont ne reviendra qu’une faible partie des condamnés.  Sachant que la population ukrainienne de l’époque était d’environ 30.000.000 d’habitants, on voit que la saignée  en a porté sur une fraction considérable  : près de 25%.

En fait lorsqu’on ajoute les morts de la période révolutionnaire elle-même, provoquées par la guerre étrangère puis la guerre civile,  avec déjà une grande famine qui a fait près de 3.000.000 de victimes, ceux de la grande terreur stalinienne de la fin des années 30 et ceux de la répression d’après la guerre de 40 avec à nouveau une famine en 1947, c’est un bilan de plus de 12.000.000 de morts qu’il faut annoncer soit plus du tiers de la population ukrainienne.

Au génocide s’ajoute le viol même de la nation. Des millions de russophones étrangers à l’Ukraine y seront envoyés, à l’instar de ce qui s’est passé dans les pays baltes, d’une part pour gommer un tant soit peu les pertes démographiques  du génocide ukrainien mais aussi pour détruire le sentiment national et créer les conditions permanentes de l'asservissement du pays.

Les génocides arméniens, ukrainiens et juifs forment le triptyque tragique du nouveau monde ouvert par la guerre de 1914, guerre d’un nouveau genre qui a vu le progrès technique sans élévation de la conscience aboutir à un début d’anéantissement de l’humanité.  La guerre de 40, suite malheureusement logique de la première guerre mondiale, a démontré que cet anéantissement n’était pas une hypothèse et que désormais les nations disposaient du quantum d’action nécessaire pour détruire la planète et l’humanité.

La société des nations, SDN, a été créée après la première guerre justement pour qu’un droit international nouveau soit créé qui interdise les crimes contre la paix, devenue base de la sauvegarde de l’humanité, mais aussi pour définir, au-delà du simple crime contre l’humanité, les sanctions à prévoir contre les massacres  gigantesques organisés contre des groupes humains par des pouvoirs de fait ou de droit.

Le droit humanitaire international remonte à loin. La suppression de la traite des noirs et plus généralement  de l’esclavage,  du travail trop précoce des enfants,  des crimes de guerre, de la maltraitance des blessés et des prisonniers (les lois de la guerre étant encadrées par des conventions signées à Genève), ont rythmé le progrès du droit pendant tout le XIXème siècle.  Deux cent ans déjà.

Mais l'après-guerre de 14 et les génocides subséquents ont marqué un immense retour en arrière et trompé les espoirs de la SDN .

Pourtant, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité apparaissent dans le droit positif dès les années 20 dans la législation de la majorité des pays démocratiques.

Très vite, les réflexions se sont portées sur une autre catégorie de crime contre  l’humanité, les massacres de grande envergure visant à liquider ou mettre au pas des groupes humains entiers. C’est à cette mission que R. Lemkin s’est attaché, soutenu par différents organismes comme la fondation Carnégie.  Il ne fait pas de doute que le moteur de ses réflexions a été alimenté à la fois par des faits anciens et des réalités contemporaines : massacres  du début du siècle dans les colonies allemandes, en Turquie, en Ukraine, en Pologne  etc.

Paradoxalement la montée du nazisme bloque l’évolution prometteuse de ce nouveau droit international. Les travaux cessent en même temps que la SDN reçoit en son sein une des puissances génocidaires, l’URSS,  pour faire pièce aux nazis. L’effroyable génocide par famine qui culmine en 1933, c'est-à-dire la veille de cette admission, doit être masqué. Malgré les avertissements qui émanent de partout sur l’ampleur du désastre humanitaire et sur la férocité démente de la direction de l’URSS,  l’adhésion de l’URSS est acquise en 1934 après que des voyages diplomatiques  trompeurs aient été organisés pour anesthésier l’opinion et masquer la réalité.  La Croix Rouge commet à cette date une des fautes les plus lourdes de toute son histoire en cautionnant le mensonge de la non existence de la famine.

Toutes ces fictions s’effondreront avec la signature du pacte germano-soviétique  entre Molotov et Ribbentrop ! La Pologne est dépecée, et subit des deux côtés des crimes atroces. L’affaire de Katyn  où près de 20.000 cadres militaires et civils polonais sont assassinés montre que Staline n’a que faire du droit international humanitaire. Il se saisit à cette occasion de la Bucovine Nord où il commet à nouveau des crimes contre l’humanité majeurs, comme la liquidation de près de 20% de la population de l’ancienne capitale du Duché de Bucovine, Cernauti , puis la déportation de toute la population allemande et  la majorité des roumanophones de la région  !

Sous l’Egide des Etats-Unis, qui prennent la tête des alliés contre l’Allemagne nazie et le Japon impérial,  les fondations d’une nouvelle organisation internationale, l'ONU, organisation des nations unis,  sont construites et les travaux sur l’élaboration d’un nouveau droit international reprennent dès 1943. Ils déboucheront lors du procès de Nuremberg, où, sous l’influence de R. Lemkin, la notion de génocide  et les éléments d’un droit du génocide sont affirmés.

Citons le texte de la Documentation Française qui en 1946, explicite la notion de génocide.


« Le génocide a été inclus dans l'acte d'accusation des principaux criminels de guerre à Nuremberg. Il y est dit:  Les accusés se sont rendus coupables de génocide délibéré et systématique, c'est-à-dire, des groupes nationaux et raciaux, contre les populations civiles de certains territoires occupés, en vue de détruire des races et des classes déterminées, et des groupes nationaux, raciaux ou religieux, plus spécialement des Juifs, des Polonais, des Tziganes et d'autres encore.

En introduisant le génocide dans l'acte d'accusation, l'énormité des crimes nazis a été définie d'une façon plus précise. De même que, en cas d'homicide, le droit, naturel de l'individu à l'existence est impliqué, de même en cas de génocide en tant que crime, le principe que tout groupe national, racial et religieux a un droit naturel à l'existence ressort clairement. Des attentats contre pareils groupes violent ce droit à l'existence et celui du développement au sein d'une communauté internationale. Concluons: le génocide n'est pas seulement un crime contre les règles de la guerre, mais encore un crime contre l'Humanité. »


Raphael Lemkin participe alors à son grand œuvre, le vote par l’ONU d’un cadre légal contre "le crime  des crimes", le génocide. Il est l'inspirateur et le principal rédacteur de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, approuvée le 9 décembre 1948 par  l’assemblée générale des Nations Unis et entrée en vigueur le 12 janvier 1951. Ce vote conduira ultérieurement  à celui du caractère  imprescriptible des crimes contre l’humanité et du génocide, puis au tribunal pénal international.

Malheureusement le vote est entaché d’un lobbying conjoint de la part des Etats-Unis et de l’URSS. Les premiers ne veulent pas que l’apartheid et les massacres de noirs sans jugements comme il s’en produit souvent encore sur leur sol puissent entraîner une incrimination. L’Union Soviétique ne veut pas que ses propres crimes soient évoqués.   La France et le Royaume uni qui ont quelques guerres coloniales sur les bras ne veulent pas non plus d’une extension trop large du concept de génocide.

On châtre donc  le texte rédigé après le procès du Nuremberg et on supprime la notion de « classes  déterminées» insupportable au génocidaire  lui-même, c'est-à-dire à  l’URSS.  Staline obtient satisfaction et la définition du génocide est restreinte aux seuls massacres collectifs  basés sur la notion de race, de religion et de nation.

C’est toujours un inconvénient d’avoir avec soi l’organisateur d’un crime pour le définir  et le sanctionner !

Raphaël Lemkin n’est pas dupe des compromis qu’il a fallu accepter pour qu’une avancée fondamentale du droit humanitaire mondial puisse être institué.  Plus tard, à l’instigation des associations de la diaspora ukrainienne il en viendra à expliciter complètement  sa vision des choses en démontrant qu’Holomodor est bien un génocide.

Malheureusement ce génocide restera totalement occulté. Le mot n’est connu de personne en Occident.  Toutes les occasions de remettre en perspectives ce premier grand  génocide socialiste , et elles ne manqueront pas, de la publication des mémoires de Kravchenko, le premier grand témoignage d’un acteur d’Holodomor,  à la déstalinisation,  à la publication de « l’archipel du Goulag » de Soljenitsyne,  à la chute du mur, puis à la publication du Livre Noir,  ne sont pas exploitées.

Une chape de plomb pèse sur Holodomor. Pire encore, lorsque la réclamation victimaire de l’Ukraine pourra enfin être formulée, une fois sa dépendance vis-à-vis de Moscou supprimée, elle sera occultée en même temps qu’à l’initiative des communistes et malheureusement aussi de socialistes non communistes, un tir de barrage négationniste est massivement organisé pour que la réclamation ukrainienne soit cachée (les media, particulièrement  les français,  seront d’une remarquable discrétion), supectée   et surtout, scandale des scandales, non reconnues par les instances internationales.

C’est ainsi qu’en catimini le Parlement Européen  refuse de reconnaître le caractère génocidaire d’Holodomor tout en admettant son caractère de crime de masse contre l’humanité devant faire l’objet d’un devoir de mémoire !  Qu'est ce donc qu'un génocide sinon un crime de masse exigeant un devoir de mémoire de la part de toute l'humanité ?

Plus classiquement, à la demande de la Russie, l’organisation des Etats-Unis refuse également de reconnaître le caractère génocidaire, pourtant évident, le texte de Lemkin le montre bien.

Le scandale d’un génocide qui devrait interpeller la conscience mondiale des nations civilisées  et de sa non reconnaissance,  qui  suggère que les millions de victimes civiles sans défenses ne sont pas innocentes, est l'objet de ce livre.

Comment un tel déni a-t-il pu être possible ? Par quel mécanisme est-il entretenu ?  Par quelle déviation de l’esprit démocratique et de l’humanisme est il toléré ?


Où sont les droits de l’homme si l'on nie ceux des millions de victimes exécutées dans des conditions de sauvagerie maximale  par un pouvoir disposant  seul de la force armée et en temps de paix ?

Où est la prétention  de la France à être la patrie des droits de l’homme lorsqu’elle est le pays où l’occultation, la négation et la minimisation d’Holodomor sont les plus systématiques, à tel point que la France est un des seuls pays démocratiques au monde à ne même pas avoir pris position sur la question, posée explicitement par la diplomatie Ukrainienne depuis 2003 et le 70ième anniversaire d’Holodomor ?

C’est  l’histoire de cette amnésie volontaire et scandaleuse que ce livre raconte.  Dans l’espoir que la France change sa position et se réconcilie avec elle-même. La France par son gouvernement et son parlement doit reconnaître Holodomor. Le plus tôt sera le mieux.

En même temps, la grande histoire du progrès du droit humanitaire doit reprendre son cours, après avoir levé l’hypothèque de la non-condamnation pour des raisons politiques et diplomatique des grands génocides socialistes.

75 ans après il faut sortir de l’ambiguïté de 1934. L’URSS n’est plus. La plupart des pays du « socialisme réel » ont disparu ou ont abjuré le marxisme léninisme. Il faut reprendre la lutte décidée contre les crimes contre l’humanité de grande ampleur. En les dénonçant tous.  Sans exception.  Il n’y a pas de « bons génocides » pour lesquelles l’amnésie est requise, et des "mauvais génocides" pour lesquels l’ hypermnésie serait de rigueur.
 
Il ne s’agit pas ici « d’appuyer sur les plaies pour en faire gicler des bouillies de staphylocoques » (expression de Yan Moax sur un tout autre sujet) , ni de « jeter des cadavres sur des espérances ». Mais de poursuivre le progrès du droit international humanitaire.

Que le cinquantenaire de la mort de Raphaêl Lemkin et le centenaire de sa naissance, soient l’occasion  de l’approfondissement définitif de son œuvre et des avancées nécessaires sur le chemin qu’il a tracé !



Actualité d'Holodomor, le génocide soviétique en ukraine

Actualité d’Holodomor.

Comme la majorité des gens ne le savent pas (personne ne s’est précipité dans les médias pour le leur expliquer)  Holodomor est le nom donné par les Ukrainiens au génocide perpétré par l’Union Soviétique contre leur peuple entre 31 et 34.

Bien décidé à en finir avec l’irrédentisme ukrainien et ses particularismes, Staline lance la « destruction des koulaks en tant que classe »  en accélérant un programme d’élimination massive de la propriété privée et d’expropriation des paysans, de destruction de toutes les structures religieuses ukrainiennes (ne survivront que deux évêques et une poignée de popes),  d’élimination de toutes les institutions culturelles et intellectuelles proprement Ukrainiennes.  Les terribles réquisitions de blé et de bétail empêchent bientôt de faire la soudure.  Les manifestations de paysannes sont réprimées dans le sang. Les récalcitrants sont déportés et réduits en esclavage, avant de mourir presque tous dans des conditions de dénuement total dans des contrées sibériennes où rien n’était prévu pour eux.

 La famine s’installe en Ukraine et au Kouban.  Les femmes et les enfants de koulaks jetés à la rue se retrouvent sur les chemins ou dans les grandes villes. Près de 30.000 enfants orphelins hantent les rues de Kharkov où ils survivent comme ils peuvent. La plupart mourront de faim et de maladie (on estime à plus de 600.000 le nombre d’enfants tués pendant Holodomor).  Le CC du PCUS décide de « donner une leçon définitive » aux paysans ukrainiens. Une loi des épis permet de sanctionner la possession du moindre boisseau. On arrache le peu de  semence et de nourriture dans la poche des paysans. On interdit aux paysans de quitter leur village. On massacre ceux qui s’enfuient. Des « listes noires » de villages à exterminer  sont établies. On les encercle militairement et on interdit tout échange avec les proscrits.  La faim frappe enfants, femmes et hommes. Le typhus s’installe, gonflant encore le nombre des victimes.  Des scènes d’horreur se font jour : on mange les charognes dénaturées, et on meurt dans d’atroces souffrances ; des actes de cannibalisme sont relevés :  on sacrifie un enfant pour sauver la famille…

Selon la logique totalitaire qui veut qu’en quelques mois le pays se divise entre bourreaux et victimes, 180.000 personnes sont lancées sus aux récalcitrants. Ils parviendront à faire mourir entre 7.000.000 de personnes (3 à 4 millions morts de faim, 1.000.000 exécutés, 1 à 2 millions déportés).  On remplace en partie les populations  mortes par 2.000.000 d’immigrés russophones.

Les massacres doivent être cachés. Hitler vient de prendre le pouvoir. Les démocraties se rapprochent de l’URSS. Ils demandent l’intégration de l’URSS dans la SDN. Impossible de faire entrer un état génocidaire dans la SDN ! Alors on se tait. On sait et on se tait. Car des partout les témoignages affluent. Des voyages « potemkine » sont organisés pour laisser croire qu’il n’y a aucune famine. E. Herriot, Pierre Cot, Bernard Shaw et finalement la croix Rouge se prêtent à ces opérations de camouflage.  Le mensonge s’installe dans les démocraties.  Partout on est prié de révérer le succès du « socialisme réalisé » par le « génial Staline ».  Là où on ne trouve plus que des cadavres on est prié de voir les moissons glorieuses et le blé qui coule à flot !

Avec Holodomor nait d’un seul coup le génocide révolutionnaire de masse en temps de paix, la négation du génocide et l’antifascisme politicien. Staline donne l’ordre de se rapprocher de la sociale démocratie  sous l’égide du concept d’antifascisme , dépassement des clivages anciens. Le terrorisme intellectuel s’impose en occident autour d’un mensonge structurel, après que le terrorisme social, au nom de l’instauration violente du socialisme,  ait fait des millions de victimes dans les conditions les plus atroces.  Et désormais le terrorisme intellectuel n’est pas seulement celui des partis Communistes et ses relais embusqués dans les médias et l’université, mais aussi  celui des socialistes démocratiques.  Quiconque remet en cause l’URSS et ses génocides à répétition devient un « fasciste ».

La guerre gagnée contre les nazis où l’URSS fait partie des nations alliées, conduit à la découverte des charniers de la Shoah. Le mensonge sur Holodomor en est aggravé d’autant en même temps que s’exacerbe l’antifascisme politicien :  celui qui conteste Holodomor et les crimes soviétiques, celui qui dénonce le mensonge monstrueux, celui qui demande justice au nom des millions de victimes n’est plus seulement un vil fasciste, il devient  un antisémite.  Robert Hue ne manquera pas d’envoyer cet argument frelaté à la tête de Courtois lors de la fameuse émission de Pivot accompagnant la sortie du Livre noir.

L’amnésie sur Holodomor et l’hypermnésie sur la Shoah deviennent la règle d’or « à  gauche », en fait dans un camp socialiste divisé mais qui croit devoir trouver une existence commune autour d’un « peuple de gauche » mythique  en inventant un « peuple de droite » indéfectiblement associé à la Shoah, au fascisme et à l’antisémitisme.

Alors même que l’URSS s’effondre, que la compilation de ses crimes apparait dans toute son horreur, cette reconstruction de l’histoire est avalisée par les socialistes dits « démocratiques », comme le PS de Jospin en France. Le tapage contre un Pinochet (3200 morts) poursuivi pour « génocide » par le juge Garzon, le procès Papon avec son équation simpliste « droite= Shoah, De gaulle = droite, Papon = de gaulle, De gaulle = Shoah) permet d’alimenter le fumigène. Alors qu’on est prié de considérer tous les mouvements révolutionnaires comme un magnifique exemple de sacrifice au nom de l’idéal socialiste. C’est particulièrement vrais pour les Farc (plusieurs dizaines de milliers d’assassinats, force 15 sur l’échelle de Pinochet)  absouts de toute critique et dont les crimes sont cachés et niés pendant des décennies jusqu’à ce qu’un enlèvement de trop retourne l’opinion.  Ou pour les exactions de Mugabe. Ou pour les crimes de Prachandra, le brahmane fou et maoïste du Népal (force 5 sur l’échelle de Pinochet).

Et voilà que les peuples soumis à l’URSS et qui ont réussi à se détacher de l’URSS et finalement à se doter de gouvernement indépendant des structures communistes réclament la reconnaissance des génocides qu’ils ont subis.

La bulle mensongère est tendue à l’extrême. L’antifascime, 70 ans après la disparition du nazisme et du fascisme italien,  commence à prendre l’air de ce qu’il est : un artifice de propagande particulièrement odieux. L’instrumentalisation de la Shoah finit aussi par faire mauvais effet tant elle est manifeste. Le galvaudage de la notion de génocide fait le reste : si un bourreau argentin ou chilien peut être poursuivi pour génocide pour une série d’assassinats politiques ciblés, alors comment ne pas considérer  comme génocide des crimes contre l’humanité qui ont touché des millions de personnes totalement innocentes ?

Le plus drôle est que la contestation ne vient pas de droite : la droite est muette par construction. Mais de l’ultra gauche. Depuis le tournant du socialisme dans un seul pays et de « la réconciliation » entre bolchévique et socialiste démocratique, imposé par Staline face à la montée d’Hitler (nous revoici dans les années trente),  l’ultra gauche dénonce l’abandon de l’idéal révolutionnaire. On pactise avec l’ennemi de classe. La révolution est finie. Le front « antifasciste » pour eux est le nom de l’abandon de la révolution. Avec le virage qui associe antifascisme et Shoah, leur combat prend un mauvais tour. S’ils attaquent l’antifascisme, c’est qu’ils sont antisémites !  L’affaire de la « vielle taupe » et les évolutions de Garaudy sont là pour le prouver ! L’affaire trouve son épilogue burlesque avec l’accusation d’antisémitisme lancée contre Alain Krivine et le facteur Besancenot, mobilisés dans la défense des palestiniens contre l’oppression israélienne.

Voici donc la droite et l’extrême gauche réunies dans le même opprobre par l’antifascisme  socialo-communiste !  

Voici le lambeau de parti qu’est le parti communiste français, le seul à être resté indéfiniment stalinien à la manœuvre pour tuer à droite comme à gauche toute reconnaissance comme génocide des immenses massacres de l’URSS et des pays frères. 

Que resterait-il de « l’antifascisme »  idéologico-politique et de la dénonciation antisémite et progénocidaire  de la droite si les mêmes concepts qui sont à la base de la dénonciation s’appliquaient aux exactions de l’URSS ? Que resterait-il de l’Union de la gauche si le PC français était réduit à un simple auxiliaire de génocides répétés et globalement plus massifs que ceux du nazisme ? Que resterait-il de l’idée socialiste si on la jugeait avec la même rigueur que les autres idées et comportements sources de génocides ?

Il faut que le crime soit tu et que le mensonge continue à  s’imposer pour que tout le charabia politique socialiste autour d’une union de la gauche mythifiée garde un semblant d’existence. Les forumeurs socialistes ne s’y trompent pas dans leur hystérie collective contre ceux qui dénoncent le crime et font voler en éclat le mensonge. Ils y voient une véritable menace contre l’idée même du « peuple de gauche ». « Ne jetez pas de cadavres sur mon idéal ». Indépendamment des bouches à feu officielles chaque militant se croit le défenseur ultime de la vraie foi. Il appelle à la rescousse tout le clan pour jeter dehors sous un torrent d’infamies, d’injures, et de violences, le malheureux qui viendrait à parler « vérité », « hommages aux victimes », « devoir de mémoire ». L’instrumentalisation politique et idéologique de la Shoah fait craindre une instrumentalisation symétrique d’Holodomor.

Alors partout on occulte, on nie, on minimise. Le Parlement Européen se ridiculise en inventant le génocide « canada dry » : les millions de victimes innocentes de l’URSS ne peuvent pas se considérées comme victimes d’un génocide mais « seulement » d’un crime contre l’humanité. Mais il faut le même devoir de mémoire qui si c’était un génocide.  Holodomor ressemble à un génocide, a le goût amer du génocide, doit être traité comme une génocide,  mais, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas un génocide ! La France courageusement, bien  qu’elle ait eu, un court instant une secrétaire d’état  aux droits de l’homme n’a pas cru devoir répondre du tout à la réclamation victimaire de l’Ukraine. C’est la droite sous influence, au parlement européen comme au gouvernement, qui a décidé d’opter pour visser une chape de plomb sur la mémoire des  millions de victimes ukrainiennes. Encore bravo !

On voit qu’Holodomor n’est pas une affaire du passé, mais une clé structurante de notre quotidien idéologique et politique en France, mais aussi à travers la planète. On trouve des négationnistes d’Holodomor au Canada, aux Etats Unis et au Royaume uni, pas seulement en France et pas dans les seuls rangs des éternels  compagnons de route du PCUS.

L’actualité d’Holodomor n’est pas seulement ukrainienne.

Salomon, d’après Finkielkraut, priait Dieu pour lui donner un cœur intelligent. La posture antifascite idéologique et politicienne, née en 1933, interdit et la mobilisation de  l’intelligence et l’émotion du cœur. Le mensonge partisan en matière de génocide ne peut être considéré comme une marque d’intelligence. Et le refus de considérer les victimes comme innocente démontre une atrophie du cœur pratiquement totale.

Nous devons adopter la ligne de conduite de Salomon. La gauche doit devenir ou redevenir le camp des cœurs intelligents.

Cela passe par la reconnaissance en tant que génocide d’Holodomor.
Hic et nunc !

 

Didier Dufau

Rafael Lemkin et Holodomor

Vous ne connaissez pas le mot "Holodomor" ? C'est normal. Le terme et ce qu'il recouvre, un effroyable génocide commis dans des conditions atroces qui fit en Ukraine entre 6 et 7 millions de victimes  entre 31 et 34.

Depuis que l'Ukraine a retrouvé sa souveraineté et surtout que des gouvernemenets non alignés sur Moscou ont réussi à s'imposer au pouvoir la vérité sur cette immense massacre s'est imposée en Ukraine.

Le gouvernement ukrainien cherche à faire reconnaître ce génocide.  Il a formulé de nomreuses demandes auprès de toutes les institutions. La dernière est le Parlement Européen. Sept millions de morts dont plus de la moitié morts de faim dans des villages coupés du monde par l'armée rouge ; un massacre dont tous les documents récemment publiés mongtrent qu'il a été commandé expréssement. Il fallait réduire l'Ukraine et détruire les Koulaks en tant que classe.

Et bien le Parlement Européen a bien voulu admettre le crime contre l'humanité mais pas le génocide. Vous n'en avez pas entendu parler. Normal : la presse française n'en a pas parlé ou tellement vite et tellement peu ou tellement négativement que votre attention n'a pas pu être attirée.

Des discussions filandreuses ont eu lieu pour savoir ce qui était ou n'était pas un génocide. Elles étaient toutes de mauvaise foi à gauche : on ne veut tout simplement pas que le socialisme se retrouve avec un génocide sur les bras. Imaginons qu'on lui applique le même traitement politique et médiatique qu'à la Shoah !

Alors le parlement a inventé le génocide canada dry : cela ressemble à un génocide ; cela a le gout du génocide ; mais ce n'est pas un génocide.

Les élections européennes ont eu lieu récemment. Personne n'a jamais discuté des décisions qui ont été prises pendant la législature finissante. pas un mot.

Personne n'a parlé de cette terrible forfaiture qu'aura été la non qualifiation de génocide d'Holodomor.

Chut !!!!

Parmi les arguments invoqués, il y a eu cet argument massue : celui qui a défini le concept de génocide et a réussi à l'imposer lors du procès de Nuremberg, Raphaël Lemkin, n'a jamais qualifié Holodomor de génocide et ne s'est déclaré que sur l'affaire arménienne et sur la Shoah.

C'était naturellement un mensonge. Il éclate aujourd'hui, alors que l'on va fêter le centième anniversaire de la naissance de R. Lemkin un document imparable a été déniché dans ses papiers. la source est totalement officielle et validée.

Voici le texte :

Raphaël LEMKIN


                                Un  GENOCIDE SOVIETIQUE EN UKRAINE*


                                   Sossyura  - AIMEZ L’UKRAINE -
« Vous ne pouvez aimer les autres peuples si vous n’aimez pas l’UKRAINE » (1)

    Le meurtre de masse de populations  et de nations qui marqué la progression  de l’Union Soviétique en Europe n’est  pas une nouvelle spécificité de sa politique d’expansionnisme, il ne s’agit pas d’une innovation  destinée simplement à créer l’unité à partir de  la diversité des Polonais, Hongrois, Baltes, Roumains, présentement en train de disparaître dans les franges  de son Empire. C’est au contraire une caractéristique structurelle même de la politique intérieure du Kremlin, dont les gouvernants actuels se sont certainement inspirés des nombreux exemples donnés par  les opérations de la Russie tsariste. Il s’agit en fait d’une étape indispensable dans le « process » de l’Union que les leaders  Soviétiques espèrent ardemment voir produire  « l’Homme Soviétique », la « Nation Soviétique » et afin d’atteindre ce but, cette nation unique, les dirigeants du Kremlin vont détruire sans remords les nations et les cultures  qui existent depuis des temps immémoriaux en Europe de l’Est.

Ce (2) dont je veux vous parler est peut être l’exemple type du Génocide Soviétique, son expérience la plus ancienne et la plus achevée en terme de Russification – la destruction de la nation Ukrainienne. Il s’agit tout simplement – comme je l’ai dit - de la suite logique des crimes tsaristes tels que  la noyade ordonnée  par Catherine la Grande, de 10.000 Tatars de
Crimée, les crimes de masse perpétrés par les « troupes S.S » d’Ivan le Terrible – l’Oprichtchina - l’extermination des leaders nationaux polonais, et des catholiques ukrainiens par Nicolas 1er et les séries de pogroms anti-juifs, qui ont entaché périodiquement l’Histoire Russe. Cela s’est déjà traduit au sein de l’Union Soviétique par l’annihilation de la nation ingérienne, des cosaques du Don et du Kouban, , des Tatars de la République de  Crimée des nations Baltes : Lituanie, Lettonie, Estonie, . Tous ces cas sont des exemples de la politique  à long terme de liquidation des peuples non Russes, par la suppression d’éléments spécifiques.

    L’Ukraine constitue  une parcelle méridionale de l’URSSS comparable par sa superficie à la France et à l’Italie , et comprenant plus de 30 millions d’habitants (3).  Véritable grenier à blé de la Russie, sa géographie a fait de l’UKRAINE un  point d’accès stratégique vers le pétrole du Caucase, de l’Iran et vers l’ensemble du Moyen-Orient. Au Nord, elle borde la Russie à proprement parler.
Aussi longtemps que l’Ukraine conservera son unité Nationale, aussi longtemps que son peuple continuera à se considérer comme ukrainien et à revendiquer son indépendance, l’Ukraine représentera une sérieuse menace pour le cœur même du soviétisme. Il n’y a rien de surprenant à ce que  les leaders communistes  aient attaché depuis longtemps la plus grande importance à  la russification de ce membre indépendantiste de leur « Union des Républiques » et aient décidé de le rendre conforme  à leur modèle d’une nation russe unique. Tout simplement parce que l’Ukrainien n’est pas et n’a jamais été un Russe ; sa culture, son tempérament, sa langue, sa religion ….tout est différent. Au voisinage immédiat de MOSCOU, il a toujours refusé d’être collectivisé, acceptant la déportation et même la mort. Il est donc particulièrement important  que l’ Ukrainien soit réajusté  au moule de l’Homme Soviétique idéal.

    L’Ukraine est gravement  menacée par le meurtre racial de catégories spécifiques,  de sorte que  les tactiques  communistes sur place  n’ont pas vraiment pris  la même forme que les attaques allemandes contre les Juifs. Cette nation est trop peuplée pour être complètement et efficacement exterminée. Quoi qu’il en soit, ses leaders religieux, intellectuels, politiques et ses élites sont assez peu nombreux et ils sont éliminés facilement. Et c’est sur ces groupes  que la toute puissance de la machine soviétique s’est abattue avec ses  armes  habituelles que sont le meurtre de masse, la déportation et  les travaux forcés, l’exil et la famine.

    Les attaques se sont toujours manifestées de la même façon avec un mode opératoire  sans cesse réitéré afin d’écraser  toute nouvelle manifestation de l’esprit national.  Le premier coup a été porté contre l’Intelligentsia, la conscience nationale,  afin de paralyser le reste de la Société. En 1920, 1926, et à nouveau entre  1930 et 1933, les enseignants, écrivains, artistes, penseurs, leaders politiques ont été liquidés, emprisonnés ou déportés. Selon le trimestriel Ukrainian Quaterly  paru en Automne 1948, 51713 intellectuels ont été envoyés en Sibérie pour la seule année 1931. Au moins 114 éminents poètes, écrivains et artistes, les éléments culturels les plus brillants de la nation, ont connu le même sort. Les estimations les plus  prudentes indiquent qu’au moins 75% des intellectuels ukrainiens et des entrepreneurs d’Ukraine occidentale, d’Ukraine carpatique et de la Bucovine ont été brutalement exterminés par les Russes ( ibid – Ukrainian Quaterly - été 1949 )

    En parallèle  avec  ces attaques contre l’intelligentsia ont été  déclenchées des offensives contre les églises, les prêtres, leurs hiérarchies, l’Ame de l’Ukraine. Entre 1926 et 1932, l’Eglise ukrainienne autocéphale, son Métropolite (Lipkisky) et 10.000 membres du clergé  ont été liquidés. En 1945 quand  les soviétiques se sont établis en Ukraine occidentale
un sort similaire a été réservé  à l’Eglise Catholique Ukrainienne. Que la russification ait été le motif unique  de ces actions est clairement démontré par le fait que, avant sa liquidation,  on ait proposé  à l’Eglise de rejoindre le Patriarcat de Moscou, l’instrument politique du Kremlin.
    Deux semaines seulement avant la Conférence de San Francisco, 11 Avril 1945, un
détachement du NKVD  a encerclé  la Cathédrale St Georges à Lviv, arrêté le Métropolite SLIPYJ, 2 évêques, 2 prélats et de nombreux prêtres (4). Tous les étudiants du séminaire théologique ont été expulsés de leur école, tandis qu’on expliquait aux professeurs que l’Eglise gréco-catholique avait cessé d’exister, que leur Métropolite avait été arrêté, et qu’il serait remplacé par un évêque désigné par les Soviétiques. Ces faits se sont répétés à travers toute l’Ukraine occidentale, et en Pologne, au-delà de la ligne Curzon (5). Au moins 7 évêques ont été arrêtés, et l’on n’a plus jamais entendu parler d’eux ; il n’y a plus aucun évêque de l’Eglise catholique ukrainienne libre dans cette zone. 500 prêtres qui s’étaient  rassemblés pour protester contre les actions des Soviétiques ont été arrêtés ou abattus. Dans toute la région les prêtres et les fidèles ont été tués  par centaines, alors que des milliers d’entre eux ont été envoyés dans des camps de travaux forcés. Des villages entiers ont été dépeuplés. Pendant la déportation les familles ont été délibérément séparés, les pères en Sibérie, les mères dans les briqueteries au Turkestan  et les enfants dans des  internats pour y être « éduqués ». Pour le seul  crime d’être ukrainienne, l’Eglise elle-même a été déclarée  nuisible à la prospérité de l’Etat Soviétique et ses membres ont été fichés par la police politique  en tant qu’ennemis du peuple potentiels.

    En conséquence, à l’exception de 150.000 fidèles en Slovaquie, l’Eglise catholique d’Ukraine  a officiellement été liquidée, sa hiérarchie emprisonnée, son clergé dispersé et enfermé.
    Ces attaques contre la Spiritualité, ont eu et continuent d’avoir des effets désastreux sur les élites de l’Ukraine, dans la mesure où ce sont les familles du clergé qui ont traditionnellement fourni une partie importante des élites, tandis que les prêtres eux-mêmes ont toujours été des leaders dans leurs villages  et leurs épouses responsables d’organisations charitables (selon la tradition byzantine, les prêtres ont le droit de se marier et de fonder une famille- ndt). Les ordres religieux, de leur côté, géraient les écoles  et s’occupaient des œuvres de bienfaisance.
    La troisième attaque du plan soviétique était dirigée contre les fermiers, la très grande masse de paysans indépendants qui sont les dépositaires des traditions, du « folklore » et de la musique, de la langue nationale, de la littérature de l’Ukraine..L’arme utilisée contre cette partie de la population  est sans doute la plus terrible de toutes – la famine. Entre 1932/1933
5 millions d’ukrainiens sont morts de faim. Un acte inhumain que le 73° Congrès a dénoncé le 28 Mai 1934 (6). On a bien essayé de dissimuler ce sommet  de la cruauté soviétique, de le réduire à un problème économique lié à la collectivisation des terres à blé et à  l’élimination des koulaks (fermiers indépendants), qui apparaissait de ce fait indispensable. Il n’en reste pas moins que les grands propriétaires terriens,  étaient très peu nombreux en Ukraine, et très dispersés. L’auteur soviétique KOSSIOR (7)  a déclaré dans les Izvestias du 2 Décembre 1933  que « Le nationalisme ukrainien est notre danger principal », et c’est pour cette raison, pour détruire ce nationalisme, pour  mettre en place l’horrible uniformité de l’Etat Soviétique, que la paysannerie ukrainienne a été sacrifiée. La méthode employée dans cette partie du plan  n’a pas du tout été restreinte à un groupe particulier. Tous ont souffert : les hommes, les femmes, et les enfants. La récolte, cette année, était  largement suffisante pour nourrir  toute la population et le bétail d’Ukraine, même si elle était inférieure à celle de l’année précédente une baisse due, probablement, au combat contre la collectivisation. Mais une famine était nécessaire aux soviétiques et ainsi en ont-ils décrété une, dans le cadre du Plan,  au travers de réquisitions inhabituellement élevées au bénéfice de l’Etat.  Et par-dessus tout, des milliers d’hectares de blé n’ont pas été moissonnés et ont fini par pourrir dans les champs. Le reste a été envoyé dans les silos gouvernementaux pour y être stocké jusqu’à ce que les autorités aient décidé de quelle façon l’utiliser. La part la plus importante de cette récolte, si vitale pour la survie du peuple ukrainien, a fini sous forme d’exportations destinées à rapporter des devises depuis l’étranger.
         Confrontés à cette famine, des milliers des fermiers ont quitté  les zones rurales et se sont alors dirigés vers les villes pour y mendier de la nourriture. Rattrapés sur place puis renvoyés vers les campagnes, ils y ont laissés leurs enfants dans l’espoir que ceux-ci pourraient survivre. Par exemple, dans la seule ville de Kharkiv ( alors capitale de l’Ukraine soviétique – ndt ) près de 18 000 enfants ont été abandonnés. Des villages comptant à l’origine des milliers d’habitants se sont retrouvés avec quelques centaines de survivants. Dans d’autres, la moitié de la population a disparu, et dans ces bourgs entre 20 et 30 personnes pourraient chaque jour. Le cannibalisme s’est développé.
       Comme l’écrivait en 1933 C. Henry Chamberlain(8), correspondant à Moscou du Christian Science Monitor :  

   « Les communistes ont  suscité l’apathie et le découragement, le sabotage et la contre-révolution et,  avec à la manière  impitoyable coutumière des  idéalistes imbus d’eux-mêmes ils ont décidé de laisser la famine se répandre avec l’idée que cela pourrait donner une bonne leçon aux paysans. De l’aide a été distribuée au compte-gouttes aux fermes collectives mais d’une façon tellement inappropriée et si tardivement que beaucoup de vies avaient déjà été perdues. Les paysans individuels, quant à eux, ont été laissés à l’abandon  et  la mortalité particulièrement élevée dans leurs rangs s’est avérée être un argument de poids pour les forcer à rejoindre les fermes collectives. »

      La quatrième étape dans ce processus a consisté en une fragmentation brutale du peuple ukrainien par l’adjonction sur le territoire ukrainien de populations allogènes et la dispersion des Ukrainiens à travers toute l’Europe orientale, afin de détruire l’unité ethnique et de mélanger les nationalités. Entre 1920 et 1939, la part de la population d’origine ukrainienne dans la totalité de la population d’Ukraine est passée de 80% à seulement 63,2 % (9). A cause de la famine, la population  ukrainienne absolue est passée de 23.2 millions à 19.6 millions, cependant que la population d’origine non-ukrainienne s’est accrue de 5.6 millions d’individus. Si l’on se souvient qu’il n’y a  pas si longtemps l’Ukraine avait le taux de croissance démographique le plus élevé de toute l’Europe, alors on peut se dire qu’effectivement la but des  Russes a été atteint.

        Nous venons de voir  les principales étapes de la destruction systématique de la nation ukrainienne. On remarque qu’il n’y a pas eu de tentative de complète annihilation, comme cela a été le cas avec les attaques allemandes contre les Juifs. Pour autant, si le programme soviétique est mené à son terme, si l’intelligentsia , les prêtres et les paysans sont tous éliminés, alors l’Ukraine sera aussi morte que si tous les Ukrainiens avaient été éliminés, dans la mesure où elle aura perdue l’essence même de ce qui a permis de maintenir et de développer dans le temps sa culture, ses convictions, ses valeurs communes, et ce qui l’a guidée et lui a donné une âme, ce qui  a, en résumé, fait d’elle une Nation et non pas simplement une masse de population.   
         Quoi qu’il en soit, les meurtres de masses, aveugles, n’ont pas manqué. Mais ils ne faisaient pas partie intégrale des plans, ils en étaient  simplement des variations fortuites. Des milliers de personnes ont été exécutées. Des dizaines, voire des milliers d’autres sont parties vers une mort certaine dans les camps de travaux forcés de Sibérie.
         La ville de Vinnitsya pourrait être considérée à juste titre comme le Dachau ukrainien. Là-bas, dans près de 91 fosses  reposent les corps de  9 432 victimes de la tyrannie soviétique, abattues par le NKVD entre 1937 et 1938. Depuis cette date, les corps avaient été placés par une cruelle ironie sous un plancher de danse, au milieu des pierres tombales de vrais cimetières, dans les bois, jusqu’à leur découverte par les allemands en 1943. La plupart des victimes avaient été déclarées comme exilées en Sibérie par les autorités soviétiques.
         L’Ukraine a elle aussi son Lidice, dans la ville de Zavadka, détruite par les laquais polonais du Kremlin en 1946 (10). A trois reprises, les troupes de la seconde Division polonaise ont attaqué la ville, tuant les hommes, les femmes et les enfants,  brûlant les demeures et volant le bétail. Au cours du second raid, le commandant Rouge   déclara à ce qu’il restait de la population : «  Un sort identique attend tous ceux qui refuseront de retourner en Ukraine. J’ordonne donc  que le village soit évacué dans les trois jours. Sinon, j’exécuterai chacun d’entre vous. »( source : La mort et la dévastation sur la ligne Curzon, de Walter Dusnyk ).
        Quand la ville a finalement été évacuée par la force, il ne restait que 4 hommes parmi les 78 survivants. Au cours du mois de mars de la même année, deux autres villes ukrainiennes ont été attaquées par la même unité Rouge et ont subi à peu près le même sort.
   Ce que nous venons de voir ici ne concerne pas la seule Ukraine. Les méthodes employées par les Soviétiques là-bas  ont été et sont encore  fréquemment réutilisées. Il s’agit même d’une caractéristique de leur plan d’expansion dans la mesure où cela leur permet de construire très rapidement une unité à partir de la diversité des nations qui constituent l’Empire soviétique. Le fait  que cela  engendre des souffrances indescriptibles pour des millions de personnes  ne les conduit absolument pas à infléchir leurs méthodes. Ne fut-ce qu’au nom des souffrances humaines, nous devrions absolument condamner cette uniformisation  comme criminelle. Mais il s’agit bien plus que de cela, que d’un simple crime de masse. Il s’agit d’un acte de génocide, de destruction, pas seulement des individus mais d’une culture, d’une nation. Même s’il était possible de réaliser ceci sans aucune souffrance, nous devrions tout de même le condamner parce que la communauté des valeurs, l’unité des idées, des langues et des coutumes qui constituent ce que nous appelons une nation  représentent le plus important de nos moyens de civilisation et de progrès.  Il arrive que des nations se mélangent et forment ensemble de nouvelles nations – nous en avons un bon exemple en ce moment dans notre pays – mais alors ce mélange consiste à une mise en commun au bénéfice de tous des avantages  de chacune des cultures.  Et c’est de cette façon que le monde progresse. Alors, en-dehors de la question cruciale des souffrances humaines et des droits de l’Homme, ce que nous désapprouvons totalement avec les méthodes soviétiques c’est le gaspillage criminel des cultures et des civilisations. Parce que l’unité nationale soviétique se créé non pas par une union des civilisations  et des cultures mais par la destruction de toutes les cultures et de toutes les idées à l’exception d’une seule, la  culture soviétique.     


*  Ce texte est une reproduction de l’original typographié retrouvé dans les documents  de Raphaël LEMKIN – Département des manuscrits et archives, Bibliothèque publique de New York , Fondations Astor, Lenox et Tilden, boîte 2, dossier 16. A l’exception d’erreurs typographiques manifestes qui ont été identifiées et corrigées, la terminologie et l’orthographe des noms géographiques utilisées par l’auteur ont été conservées.

 1. Vers de Wolodymyr Sossyura, rajoutés au crayon. Sossyura écrivit ce poème patriotique en 1944, pendant la guerre germano-soviétique. Choyé par les autorités dans un premier temps, il fut condamné pour nationalisme en 1948. Voici les deux lignes en version ukrainienne originale :
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2. « Commencer ici »  rajouté au crayon devant le mot « Ce »
3. Au moment où Lemkin écrivit ce texte (années 50), la population ukrainienne avoisinait les 40 millions de personnes.
4. La Charte créant les Nations Unies fut signée lors de la conférence tenue les 25 et 26 Avril 1945 par les délégués de 50 pays, y compris l’URSS et la RSS d’Ukraine.
5. La Ligne Curzon fut proposée  par les Britanniques pour délimiter la frontière entre la Pologne et l’URSS au sortir de la première Guerre mondiale. Par la suite, elle servit de base à la définition de la frontière entre ces deux états à la fin de la seconde Guerre mondiale. La frontière ainsi définie laissait une importante minorité ukrainienne du côté polonais.
6. LE 28 Mai 1934, le député de New York Hamilton Fish proposa une résolution ( résolution 399 du 73em. Congrès ). LE document stipulait que «  plusieurs millions d’habitants de la République socialiste soviétique d’Ukraine … sont morts de faim entre 1932 et 1933. » La résolution condamnait l’URSS pour « usage de la famine comme arme destinée à diminuer la population ukrainienne et à détruire ses droits politiques, culturels et nationaux » et exigeait :
   Que la Chambre des Représentants exprime son soutien à tous ceux qui ont été victimes  de la grande Famine en Ukraine qui a provoqué  la souffrance, la désolation et la mort  pour des millions de paisibles paysans ukrainiens, …
   Que le gouvernement soviétique prenne des mesures énergiques pour réduire les conséquences terribles de cette famine, …
   Que le gouvernement soviétique ne s’oppose pas aux citoyens américains désireux d’envoyer de l’aide sous forme d’argent, de nourriture et de matériel aux régions d’Ukraine touchées par la famine.
La résolution fut transmise à la Commission des affaires étrangères mais ne fut jamais adoptée par la Chambre des Représentants (cette résolution est reproduite dans The Ukrainian Quaterly n°4 – 1978 – pp. 416-17).
7. Dans la version originale, le nom est écrit « Kossies », une erreur orthographique évidente. Stanislas Kossior n’était pas un auteur mais le Secrétaire général du Comité central du Parti communiste (bolchévique) d’Ukraine, c’est-à-dire le dirigeant politique de la république. Le numéro du 2 Décembre des Izvestiia contient un discours de trois pages de Kossior intitulé «  Les résultats et les tâches immédiates dans la mise en place de la politique nationale en Ukraine. » En voici  très précisément l’un des passages, tiré d’une résolution adoptée lors d’un plénum commun entre le Comité central et le Comité de contrôle central  du Parti (bolchévique) d’Ukraine : «  A l’heure actuelle, le danger principal en Ukraine vient du nationalisme ukrainien, lié à des int&eacu

La lettre qu’aurait du écrire Petrella

J’ai honte et j’accuse !

Aujourd’hui lorsque je vois l’immensité du mal que les Brigades rouges ont fait, les centaines de personnes estimables et le plus souvent désarmées, assassinées lâchement, les milliers de membres de leur famille obligés à subir toute leur vie les conséquences de nos crimes, j’ai honte. Une honte inextinguible. Une honte sans espoir de repos. Une honte qui me détruit au plus profond.

J’ai honte oui,  j’ai honte.  Honte d’avoir tué pour rien d’autre que des fantasmagories idéologiques qui me sont aujourd’hui incompréhensibles. J’ai honte d’avoir tué gratuitement en me glorifiant moi-même de mon audace alors que je savais au fond de moi dès cette époque que c’était ignoble.  J’ai honte d’avoir recruté et dirigé des tueurs sans plus de scrupules que moi.  J’ai honte d’avoir déshonoré mes victimes en les couvrant d’injures avant de les tuer  et de n’avoir jamais crié leur innocence profonde. J’ai honte de m’être à ce point trompé sans que l’inconséquence de la jeunesse puisse me servir d’excuses ou de réconfort. 

Dans les flaques de sang parsemées dans tout Rome, on ne voyait aucun avenir, aucun espoir, aucuns lendemains qui chantent.  Elles ont disparu du sol romain mais elles enveloppent mon remord comme elles baignent le désespoir des proches de ceux que nous avons sacrifié par bêtise ardente.


Alors j’accuse.


Je m’accuse d’être passée à l’acte alors que mes raisons me paraissaient déjà incertaines et problématiques  à  l’époque alors que les actes,  eux,  étaient radicaux, expéditifs,  définitifs et sans retour en arrière pour les victimes et leur famille.  J’aurai pu me contrôler. Nous avons tous notre libre arbitre. Je me suis lamentablement  et mortellement trompée.  Oui, je m’accuse !

J’accuse aussi ceux qui ont baigné d’idéologie révolutionnaire  ma jeunesse, ceux qui ont justifié tous les crimes des différentes révolutions, ceux qui ont abaissé mes défenses morales en prétendant que tuer n’était pas assassiner parce que le meurtre d’un tyran et la lutte violente contre une domination violente  sont légitimes.

J’accuse tous ceux qui nous fait croire que nous étions des combattants  alors que nous n’étions que de lâches terroristes tapis dans l’ombre pour tuer des personnes désarmées et sans défense que nous trouvions «symboliques». Nous n’avons pas tué des symboles mais des hommes.

J’accuse tous ceux qui inlassablement diabolisent des ennemis d’autant plus nombreux qu’ils sont du plus grand flou. Haïr la bourgeoisie, puis aller tuer son  voisin ! 

J’accuse les communistes, dont les crimes sont ahurissants et qu’on nous a si longtemps présentés comme des purs ! J’accuse les socialistes qui font en permanence un procès en fascisme à tous ceux qui ne partagent pas la doctrine et n’a pas fait sa rupture avec le révolutionnarisme !  J’accuse l’extrême gauche et ses grands prêtres qui amènent tant de jeunes dans le jeu de la mort qu’est une révolution rêvée. 


Je demande qu’un mémorial soit dressé en mémoire aux victimes de tous les crimes contre l’humanité  commis au nom de l’avènement brutal  du socialisme et où mes crimes s’afficheront à leur place, afin que plus jamais il n’y ait de nouvelle Petrella , plus de meurtres lâches, plus de victimes innocentes.

Je sais que si je vais  en prison je mourrais. Après avoir vécu si longtemps les tourments que me valent  la mort inexcusable de mes victimes, j’ai cru réussir à m’échapper dans la paix affreuse que procure l’impunité facile  et la cache peureuse dans une vie terrée et médiocre.

Je sais que je ne pourrai par vivre dans le remugle du passé qui est le mien.   Je crains cette mort à hauteur des morts que j’ai moi-même provoquées. Je suis lâche. Oui je suis lâche ; aussi lâche aujourd’hui que je l’étais à l’époque où j’esquivais toute discussion le jour où je décidais  un meurtre sordide, de dos, contre des personnes sans défense et sur qui la foudre s’abattrait par surprise sans qu’ils puissent même esquisser un geste.   C’est si facile de tuer en démocratie !  

Mais ma mort sera exploitée à charge par mes anciens compagnons de route  qui feront de moi une martyre « de la répression » et instrumentaliseront ma mort pour faire de nouvelles dupes.  Je ne veux pas de cela. 

Je préfère que l’on dise : elle est morte en lâche après une multitude de crimes lâches, protégée en lâche. J'aurai au moins témoigné de la haine et du dégoût que m’inspire ma propre histoire brigadiste ; et j’aurai exprimé  le mépris insurmontable que m’inspire la triste cause que j’ai cru devoir défendre en m’attaquant les armes à la main à des innocents.   

Pardonnez-moi parce que ma mort en prison tant d’années après les faits ne servira nulle bonne cause alors que ma liberté injuste, morose, malade et repentante prouvera contre mes idées d'alors la force bonhomme de la démocratie.

 

Farc : le retour de la propagande

L'affaire Betancour a provoqué pendant un temps la condamnation forcée des Farc : l'ignominie des crimes contre l'humanité  commis par cette organisation  ne pouvait guère être tue plus longtemps.

Cela ne pouvait pas durer. Déjà le silence est retombé. On voit refleurir la même désinformation qui avait lieu précédemment.  Trois évènements récents donnent la dimension de ce retour en arrière :

- L'inauguration officielle le 26 septembre 2008  d'une statue à Manuel Marulanda, le tueur historique des Farc, au centre d'une place portant son nom, à Caracas.  La France dont une des ressortissante a été si longuement été séquestrée aurait pu s'insurger contre cette ignominie surtout qu'elle se prétend "patrie des droits de l'homme". Silence. Le Président Chavez a été reçu comme un ami lors de sa dernière tournée qui se finit à Moscou pour acheter des armes.  Les associations françaises  pour les droits de l'homme (Mrap etc.) se sont courageusement tues.

- La publication par les mêmes "ONG" partiales qui depuis des années protègent les Farc d'un rapport expliquant encore et encore que les exactions ne sont pas dues principalement aux Farc.  Il est parfaitement exact que comme dans d'autres pays sud américains la violence règne un peu partout dans le pays et que les truands ont leurspart du désastre humanitaire.  Mais l'astuce qui consiste à ne compter que les victimes dont il est "certain" qu'elles ont été tuées par les Farc  et à affecter le solde à des forces "plus ou moins protégées" par le gouvernement, on biaise totalement la vérité. Imaginons la France avec 10.000 terroristes en armes semant la terreur  et des ONG décidant que tous les crimes qui ne peuvent pas être explicitement affectées à ces terroristes soient le fait du gouvernement !Ce rapport malhonnête a fait naturellement les choux gras de la presse d'accompagnement des Farc, notamment en Suisse où l'on sait que la cellule de propagande des farc est très importante et fortement implantée dans la presse.

- Fighters + Lovers est une entreprise danoise qui fabrique des tee shirt à la gloire des Farc. On croit rêver mais non,  tout est vrai. Ces salopards n'hésitaient pas à faire de l'argent avec les instruments de propagande pour des criminels bajects.  La cour d'appel a fini par condamner légèrement deux des instigateurs. Le site ne donne plus la même propagande éhontée qui était toujours calcquée sur les méthodes stalinienne : on ne dit rien directement mais on fait dire par un compagnon de route, en général un notable dans un pays libre, tout le bien qu'on pense du juste combat des héroiques révolutionnaires.Imaginons un instant qu'un site de propagande nazie ait mis en vente des tee shirt à la gloire de Goebbels et de Hitler  avec un long texte de propagande d'un professeur d'université ! L'immense scandale ; l'élimination ignominieuse du professeur félon etc.  Dans notre affaire : silence sur toute la ligne.

On voit bien que les réseaux communistes montés pendant la guerre froide ont la vie dure.  Après avoir courbé l'échine les mêmes qui ont défendus tous les crimes contre l'humanité commis au nom du socialisme sont de nouveau au travail.

 

 

 

 

 

 

 



Peut-on parler de génocides socialistes ?

Léon Chaix a posé cette question  sur le forum du Monde.fr dès la parution du Livre Noir du Communisme. On alléguait à l’époque une querelle entre Courtois et Woerth, l’un considérant que la qualification de génocide était légitime et l’autre non.  Nous donnons ici ce texte important.

« On sait aujourd’hui l’ampleur des massacres commis par les différents mouvements révolutionnaires se réclamant  du socialisme, notamment ceux conduits par des partis communistes. Il s’agit de dizaines de millions de morts.  Les assassinats ont eu lieu lors de la révolution proprement dite puis lors de l’installation du nouveau régime et enfin pendant la vie même du nouveau régime. Peut-on parler de génocide ?

« Il y a génocide lorsqu’une autorité de droit ou de  fait décide d’éliminer une fraction de la population considérée comme nocive non pas pour ce qu’aurait fait tel ou tel de ses membres  mais par suite d’une condamnation collective idéologique, politique  ou passionnelle.  Les victimes sont toujours des innocents puisqu’il n’y a en droit que des culpabilités individuelles et factuelles.  Les femmes et les enfants ne sont pas épargnés : il suffit qu’ils appartiennent au groupe honni et voué à la destruction pour que leur mort soit programmée.  Dans tout génocide la victime est surtout coupable d’être là où on ne veut pas d’elle, coupable d’être née. 

« Le génocide se caractérise par l’absence de tout frein : puisqu’il n’y a pas recherche d’un acte fautif, il n’y a pas de limites à l’inculpation. Il suffit que la qualification choisie soit projetée sur un groupe pour que les suspects soient en grand danger d’élimination.  Il n’y a pas non plus de défense possible : que répondre à quelqu’un qui vous condamne pour ce qu’il  croit devoir penser de ce que vous êtes indépendamment de tout ce que vous auriez pu faire ?

« Il va de soi que l’élimination du groupe condamné se fait pour d’excellentes raisons et un superbe idéal ; comment sinon convaincre des milliers de bourreaux  de mettre la main à la pâte ?  Le crime de masse s’accompagne toujours de textes qui expliquent que la morale usuelle ne s’applique pas et qu’une nécessité supérieure doit annihiler en soi  tout reste d’humanité.  Tout génocide est le fruit d’une rencontre entre un discours  et un pouvoir,  d’une rhétorique et d’un appareil meurtrier.  C’est pour cela qu’il est juste de s’attaquer à la rhétorique génocidaire même une fois que l’appareil qui l’a mis en œuvre  a été détruit.  Cette rhétorique vise à mettre au pilori  la population honnie et de la priver de toute respectabilité, tout en la chargeant de toutes les perversions imaginables.  Elle devient alors un objet de sarcasmes, de mépris, d’injures, de menaces, et enfin d’exactions.  L’élimination de la « pourriture » devient une tâche de salut public.

« Le marxisme, aussi bien dans son texte que dans sa vulgate politique,  apporte deux éléments pro- génocidaire :

-          L’explication  de l’histoire par le jeu des classes et la dénonciation de la classe bourgeoise prétendument au pouvoir pour le malheur du peuple ;

-          L’identification de la morale et des valeurs usuelles à une « superstructure » destinée à assurer le pouvoir de la bourgeoisie.

« Le triomphe du prolétariat, seule classe digne, passe non seulement  par l’élimination de la classe bourgeoise dominante mais aussi par la destruction de la société bourgeoise.

« Les droits de l’homme dans cette optique ne sont qu’un « camouflage essentialiste » visant à empêcher la divine révolution.  Toutes les lois morales qui s’élèvent contre la révolution sont « bourgeoises » et on ne doit pas en tenir compte. Le « devoir révolutionnaire » et dur mais il doit s’exercer, fut-ce au prix de millions de morts.  Sartre en précisant que la Praxis du peuple est seule génératrice de morale véritable et qu’après tout si le peuple veut tuer il en a bien le droit ne fait que compléter le message de Marx dans le sens de l’affranchissement  de toute limite morale dans la lutte contre l’ennemi.

« On ne compte plus les déclarations  des marxistes léninistes ou autres déclarant comme Boukharine qu’il ne fallait pas craindre l’élimination physique  du quart de la population,  ou comme Sartre que « la révolution russe n’a pas assez tué ».

« Nous sommes en présence d’une idéologie qui considère qu’une classe doit être éliminée et que le travail de liquidation  ne doit pas effrayer.  Ses leaders développent bien une justification du passage à l’acte et entendent par tous moyens qbaisser les défenses humanitaires (déclarées bourgeoises) qui interdisent le meurtre politique. 

« La réalité des massacres est venue confirmer ce que l’idéologie exigeait dans tous les pays où les mouvements se réclamant du marxisme léninisme ont sévi.  On a liquidé des strates entières de population considérées comme dangereuses ou contaminées. Cette action a été menée par des pouvoirs constitués contre des civils désarmés.  Pratiquement aucun pays où la doctrine avait pu trouver des adeptes organisés  n’a échappé à ces crimes.

"Comment pourait-on ne pas parler de génocides socialistes ? "

Réponse à l'article choquant de Nicolas Weill dans le monde du 16 août 2008

A Nicolas Weill – weill@lemonde.fr – Article disponible à l'adresse : http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/15/soljenitsyne-un-heros-inquietant-par-nicolas-weill_1084097_0.html

Lundi 18 août 2008 Lettre ouverte.

Monsieur,

Votre article dans le monde du 16 Août 2008, intitulé « Soljenitsyne un « héros inquiétant » », ne peut que susciter des réactions attristées voire indignées. La Shoah, 3 millions de victimes comptées, 5 millions quasi certaines, 6 millions plus que probables, a fixé des règles en matière de génocide, grâce à l'action persévérante de quelques uns et la prise de conscience générale :

- Devoir de mémoire pour les victimes.

- Devoir de vérité pour les faits qui ne doivent pas être occultés, niés ou minimisés.

- Devoir imprescriptible de sanction contre les auteurs.

- Devoir de dénonciation des idéologies et des attitudes qui ont créé les conditions du génocide, sans tolérer les exonérations faciles.

- Devoir de vigilance contre ceux qui tentent de justifier l'intolérable et qui veulent éventuellement remettre au goût du jour des pensées mortifères.

- Devoir de repentance pour les institutions ayant favorisé d'une façon quelconque et aussi peu que ce soit l'occurrence des massacres.

 

Bien sûr, il faut se garder d'aller trop loin et des dérives sont possibles :

- Dérive mercantile, l'exploitation financière du drame et de l'émotion l'emportant sur les devoirs de la mémoire.

- Dérive communautariste, les morts passés servant à donner des avantages aux vivants d'aujourd'hui contre des adversaires de toujours.

- Dérive politique, les souffrances subies servant à justifier des violences infligées ici et maintenant à d'autres.

- Dérive idéologique, limitant la liberté de pensée et générant une censure sur le travail des historiens.

- Dérive religieuse, la condamnation tournant à la malédiction et la culpabilisation de collectivités entières.

Mais tout le monde admettra qu'il y a une « jurisprudence » indispensable et légitime du traitement des génocides sur l'exemple de la Shoah. C'est très bien ainsi. Elle doit s'appliquer naturellement à tous les génocides et le TPI nous rappelle que c'est le cas pour ceux perpétrés à Srebrenica ou au Rwanda. Le Grand Génocide Socialiste, 100 millions de victimes comptées, 130 millions quasi certaines et 150 millions plus que probables, doit évidemment faire l'objet du même traitement.

C'est le plus grand massacre d'innocents de toute l'histoire de l'humanité (qui en a connu pourtant de sévères) et malheureusement on compte des victimes encore aujourd'hui (15.000 au Népal tuées par l'ignoble maoïste Prachanda qui a même réussi à s'imposer au pouvoir, des dizaines de milliers de victimes des Farc en Colombie, les exactions du marxiste Mugabe, la répression au Tibet, à Cuba ou en Corée du bord etc.).

Ce génocide gigantesque fait l'objet notamment en France d'une tentative odieuse de maquillage sous l'influence d'un terrorisme intellectuel organisé par le mouvement socialiste toutes composantes réunies. Comme l'a si bien décrit Léon Chaix pendant des années sur le site du Monde .fr, la manipulation s'organise autour de quatre comportements condamnables :

- L'occultation

- La négation

- La minimisation

- L'exonération.

La force du témoignage de Soljenitsyne, c'est qu'il a empêché l'occultation du Goulag et réduit à rien les tentatives de négation, de minimisation et d'exonération. Grâce à lui on sait et de façon indéniable que la révolution bolchévique, avec Lénine et Trotski, et l'Union Soviétique avec Staline , ont massacré systématiquement des millions d' innocents avec parfois les mêmes méthodes que les Nationaux Socialistes allemands (comme le gazage des «koulaks » Ukrainiens, ou la mort en masse dans des camps de concentration) et souvent avec des trouvailles d'une rare cruauté comme les famines organisées liquidant des pans entiers de population comme en Ukraine ou en Chine.

Les mots Goulag et Zek totalement occultés en Occident grâce à la vigilance des socialistes et des communistes de toutes obédiences (notamment trotskistes) apparaissent soudain dans les consciences mondiales grâce à Soljenitsyne, toutes les tentatives précédentes de vérité ayant été étouffées avec succès. C'est un véritable exploit que d'avoir ainsi imposé contre une formidable coalition d'intérêts idéologiques et politiques la connaissance véritable du plus terrible génocide qui ait affecté la planète, au moins en terme quantitatif. Il y fallait une personnalité hors normes.

En réduisant Soljenitsyne à un homme dont « les épreuves traversées forcent l'admiration », vous abaissez votre hommage douteux à sa seule personne. Son épreuve n'est rien par rapport au génocide qu'il dénonce. En en faisant par petites touches un « héros inquiétant » vous aggravez encore l'ignominie précédente.

Qu'espérez-vous donc ? Qu'en rendant suspect un individu vous pourrez occulter son témoignage ? Il semble bien que cela soit votre but. Vous enchaînez aussitôt sur une deuxième diatribe aussi infâme que la précédente. Selon vous les génocides commis au nom de l'instauration violente du socialisme ne méritent aucun devoir de mémoire.

Hommage du vice à la vertu vous ne le dites pas comme cela, ce serait trop clairement honteux. Vous mettez entre guillemets « l'obligation morale » d'un Nuremberg du communisme. Comme vous avez mis entre guillemets votre « héros inquiétant ». Vous évoquez ensuite une « pénible compétition mémorielle et victimaire avec la Shoah ». Pourquoi pas la « pornographie mémorielle » pendant que vous y êtes ? En quoi un génocide peut-il porter ombrage à un autre génocide ? Comment peut-il y avoir compétition entre génocides ? Cette notion est vide de sens. Il ne peut y avoir de bons et de mauvais génocides. Tous les génocides doivent bénéficier de la jurisprudence si bien établie pour la Shoah.

Il est intéressant de noter que vous ne prétendez pas qu'il y a « compétition victimaire » entre la Shoah et les génocides traités actuellement devant le TPI : Srebrenica et Rwanda. Il est vrai que ce sont des « petits » génocides et qu'ils ne portent ombrage à aucun clan et aucune idéologie en France.

Dernière accusation portée contre Soljenitsyne, toujours avec l'air de ne pas y toucher, celle d'antisémitisme.

Soljenitsyne a demandé des comptes à l'idéologie marxiste. De même que l'on cherche les racines idéologiques ou autres de la Shoah il est parfaitement légitime de chercher les sources du Grand Génocide Socialiste ; Marx en est indiscutablement une et la plus importante. En théorisant la nécessité de détruire « la classe dominante » pour permettre l'émergence de la société sans classe, en énonçant que la morale était une « superstructure » générée par la bourgeoisie pour pérenniser son pouvoir, il est en première ligne dans la fourniture des moyens idéologiques du Grand Génocide Socialiste.

On connait l'intensité des efforts faits par certains (comme par exemple J. Attali) pour tenter de disculper Marx. On l'aurait mal lu et mal compris ! C'est tragique et ridicule ! Tous ceux qui connaissent un tout petit peu la mécanique totalitaire mise en place dans les pays communistes savent que Marx a été constamment mis en avant pour donner au socialisme son caractère « scientifique » et justifier qu'on ne s'attarde pas trop sur des scrupules « bourgeois » lors de la destruction des classes dangereuses, à savoir « la bourgeoisie et ses séides ». Il suffit de lire le crédo public des Farc pour remarquer qu'ils se mettent sous la bannière du « marxisme » comme Mugabe et Prachandra. S'en prendre à l'idéologie mortifère marxiste ne peut être considéré comme de l'antisémitisme.

Soljenitsyne a exigé une forme de repentance de la part de la partie de la communauté juive qui a alimenté le communisme et qui en a dirigé une partie des crimes. L'implication directe dans le Grand Génocide Socialiste de personnalités reconnues comme juifs par eux même ou leur communauté, est bien établie. A commencer par Trotski, le premier organisateur et fournisseur du Goulag. Il suffit d'aller dans les anciens pays envahis par l'URSS pour se rendre compte encore aujourd'hui de la rancœur existant contre ceux des juifs qui ont accompagné l'occupation de leur pays par l'URSS et parfois ont  été les rouages des massacres et des épurations ethniques.

Bien sûr l'antisémitisme historique, permanent, toujours aussi fort dans ces pays, est largement la cause de cette rancœur inextinguible. Mais pas seulement. Un exemple ? En Bucovine du Nord récupérée par l'URSS après que Hitler et Staline se soient partagés l'Europe de l'Est, la communauté juive de Cernauti, majoritaire dans la ville, se divise en 1939 entre ceux qui veulent la démocratie, condamnent les exactions, refusent la soviétisation et finalement fuient le pays, et ceux qui non seulement la justifient mais y participent et condamnent leurs coreligionnaires réticents. Les Roumains expulsés ou massacrés dans l'année suivante ne pardonneront pas. Et on trouve là une des explications de la revanche hideuse qu'ils prendront au côté des Allemands dans l'annihilation des juifs de Bucovine dans les effroyables camps de Transnistrie quand l'opération Barbarossa leur redonne le pouvoir en Bucovine du Nord.

Le fait que Staline liquidera en grande partie les juifs de l'appareil soviétique après la guerre ne peut dédouaner ces derniers d'avoir eu quelques responsabilités dans les crimes précédant leur élimination. La demande de Soljenitsyne est du même genre que celle des instances juives qui exigent du catholicisme un devoir de repentance pour l'antisémitisme larvé ou ouvert d'une partie de leur doctrine ou de leur hiérarchie.

Pour notre part nous pensons que l'intervention de la race ou de la religion ou de la nationalité dans les affaires de génocides n'a pas lieu d'être : ce sont des individus et des pouvoirs de droit ou de fait qui commettent les crimes. Et c'est sur la base des crimes individuels que le droit fonctionne. Les Allemands au sens collectif ne sont pas responsables de la Shoah, pas plus que les Juifs au sens collectif et communautaire que peut avoir ce terme ne sauraient être rendus responsables même en toute petite partie du Grand Génocide Socialiste.

 

D'autant plus que beaucoup de juifs se sont opposés et ont condamnés la terreur soviétique, même après en avoir été un moment les compagnons de route à l'instar d'Arthur Koestler. La « révolution culturelle » chinoise dont on sait qu'elle a massacré des dizaines de millions de pauvres gens a été purement intra-chinoise. Le génocide de Pol Pot et ses Khmers rouges ou les massacres du Staline Noir, Mengistu en Ethiopie ne doivent absolument rien à quelque membre que ce soit de la communauté juive. Les condamnations collectives de races, de religions, de peuples, de nations, n'ont strictement aucun sens et doivent être elles mêmes condamnées avec la plus grande fermeté.

En revanche tout groupe organisé dont une partie des membres s'est livrée à des crimes aussi effroyables qu'un génocide doit chercher la condamnation de ceux qui, en leur sein, les ont suscités, justifiés ou pratiqués. C'est vrai pour les Turcs vis-à-vis des actes effroyables commis contre les Arméniens, autant que pour les Français vis-à-vis des chefs de la Collaboration, ou pour la communauté juive vis-à-vis de ses membres qui ont été les adeptes zélés des violences  révolutionnaires marxistes.

On sait que cette repentance là est très difficile et peu populaire. Raison de plus pour l'exiger.

Dans cet esprit, votre article qui ne vise qu'à écarter le témoignage de Soljenitsyne et à éviter que la jurisprudence de la Shoah ne s'applique au Grand Génocide Socialiste, est une mauvaise action.

Votre conclusion qui renvoie le témoignage de Soljenitsyne « à la littérature ou à l'histoire » n'est pas qu'une erreur. C'est une faute. L'actualité du devoir de mémoire ne s'élimine pas d'un trait de plume. D'autant plus que la mémoire des 150.000.000 victimes innocentes du Grand Génocide Socialiste n'est toujours pas honorée, alors que ce serait le devoir absolu de la gauche.

Vouloir enterrer la mémoire de ces victimes avec Soljenitsyne, celui qui les avait sorties du silence et de l'ignorance organisés, est une infamie.

Surtout en France, pays des droits de l'homme. Qu'écririez-vous si on renvoyait Anne Frank à la petite littérature et la Shoah à un épisode marginal de l'histoire ? Non, le Goulag n'est pas non plus un « détail » de l'histoire à enfouir au plus vite loin de l'actualité ! Cette nouvelle tentative d'enterrement, qui vient après tant d'autres, justifie à elle seule que l'on crée au Trocadéro, parvis des droits de l'homme, un Mémorial à ces victimes innocentes mais, on le voit, tellement embarrassantes. Leur mémoire doit être absolument protégée et honorée. Ici et maintenant.

Didier Dufau

NB : vous pouvez accéder au texte de N. Weill en frappant la fonction "télécharger" ci dessous.

Le journal l’Humanité et la mort de Soljenitsyne

Le journal communiste ne peut plus taire, nier  ou minimiser comme il l’a fait pendant des décennies l’ampleur des génocides commis par les mouvements communistes. Il avait craché sur  Victor Kravchenko, le premier à dénoncer officiellement le Goulag, dans les années quarante, nié la responsabilité de L’Urss dans le massacre de Katyn dans les années cinquante,  refusé la déstalinisation jusqu’aux  années soixante, crié sa passion  résiduelle pour Staline par la voix de l’ignoble  Lili Marcou lors de la parution du Livre Noir, et au total  le PVF avait été au-delà de son rôle comme « voix de son maître » soviétique.  Il était instructif de voir comment il allait traiter de la mort de Soljenitsyne.

Bien sûr on verse les plus belles larmes  sur la mort du grand homme : le cœur communiste a toujours été si grand ! Mais on se lance dans deux manipulations :

1.      Assimiler le message de Soljenitsyne à une entreprise  que le Parti communiste a fini par cautionner : la déstalinisation. « Il critique Staline comme nous tous !  Alors son message n’a rien de bien particulier ». Oubliée la dénonciation du marxisme, de la révolution, de Lénine et de Trotski !

2.      Le décrire comme  un russophile exalté pourri par la religion orthodoxe et de plus antisémite.  « Il n’ouvre aucune voie utile pour l’avenir ». 

Il faut donc vite le ranger sur une étagère et surtout ne pas s’appesantir sur ce que Soljenitsyne dénonce : le droit à la mémoire des millions de victimes innocentes ; le caractère intrinsèquement génocidaire du socialisme violent. Soljenitsyne est un témoin pas un messie.

Critiquer le messie pour éluder le témoignage, voilà la stratégie !

Pour pouvoir à nouveau s’arroger  le droit suprême d’être le représentant du bien contre les méchants, le fer de lance des luttes contre l’oppression,  comme si rien ne s’était passé et sans la moindre repentance.  On croit pouvoir surnager en pataugeant dans l’immense flaque de sang avec des gros sabots et des petites combines.

Ce sang est la tunique de Nessus du communisme qui ne pourra JAMAIS s’en débarrasser.  Et Soljenitsyne est l’un de ceux qui ont ajusté étroitement  et définitivement cette tunique sur le dos de ces assassins génocidaires,  pathologiques et impénitents.

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Le blog en hommage a Léon Chaix

Léon Chaix est un humaniste de gauche qui a donné son nom a un syndrome essentiel a la compréhension de notre temps. Le syndrome de Léon Chaix décrit  la réponse automatique des adeptes du mouvement socialiste confronté a l'ampleur des crimes contre l'humanité commis en son nom :

  1.  L'occultation
  2.  La négation
  3.  La minimisation
  4.  L'exonération.

Tous ceux qui essaient de dénoncer l'occultation,  de démonter la négation,   de se moquer de la minimisation et de rire des tentatives d'exonération  sont évidemment présentés comme < fascistes > et ne sont dignes que des attaques ad hominem les plus basses. 
Léon Chaix et son ami Didier Dufau ont pendant des années commenté en temps réel sur le forum du journal le Monde les exemples de ce syndrome,   montrant  au jour le jour comment il s'appliquait aux révélations du Livre noir, aux crimes des Farc qu'ils furent longtemps les seuls  a évoquer et a condamner, a ceux du sinistre  Mugabe ou de l'ignoble < Prachandra > le tueur en série du Népal.  Le combat continue ici !

 

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